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Voltaire - Zadig

La proposition fut acceptée. Astarté partit pour Babylone avec le domestique de Zadig, en lui promettant
de lui envoyer incessamment un courrier, pour l'instruire de tout ce qui se serait passé. Leurs adieux

furent aussi tendres que l'avait été leur reconnaissance. Le moment où l'on se retrouve, et celui où l'on se

sépare, sont les deux plus grandes époques de la vie, comme dit le grand livre du Zend. Zadig aimait la

reine autant qu'il le jurait, et la reine aimait Zadig plus qu'elle ne le lui disait.

Cependant Zadig parla ainsi à Ogul: Seigneur, on ne mange point mon basilic, toute sa vertu doit entrer
chez vous par les pores. Je l'ai mis dans une petite outre bien enflée et couverte d'une peau fine: il faut

que vous poussiez cette outre de toute votre force, et que je vous la renvoie à plusieurs reprises; et en peu

de jours de régime vous verrez ce que peut mon art. Ogul dès le premier jour fut tout essoufflé, et crut

qu'il mourrait de fatigue. Le second il fut moins fatigué, et dormit mieux. En huit jours il recouvra toute

la force, la santé, la légèreté, et la gaieté de ses plus brillantes années. Vous avez joué au ballon, et vous

avez été sobre, lui dit Zadig: apprenez qu'il n'y a point de basilic dans la nature, qu'on se porte toujours

bien avec de la sobriété et de l'exercice, et que l'art de faire subsister ensemble l'intempérance et la santé

est un art aussi chimérique que la pierre philosophale, l'astrologie judiciaire, et la théologie des mages.

Le premier médecin d'Ogul, sentant combien cet homme était dangereux pour la médecine, s'unit avec
l'apothicaire du corps pour envoyer Zadig chercher des basilics dans l'autre monde. Ainsi, après avoir été

toujours puni pour avoir bien fait, il était près de périr pour avoir guéri un seigneur gourmand. On l'invita

à un excellent dîner. Il devait être empoisonné au second service; mais il reçut un courrier de la belle

Astarté au premier. Il quitta la table, et partit. Quand on est aimé d'une belle femme, dit le grand

Zoroastre, on se tire toujours d'affaire dans ce monde.

CHAPITRE XIX. Les combats.

La reine avait été reçue à Babylone avec les transports qu'on a toujours pour une belle princesse qui a été
malheureuse. Babylone alors paraissait être plus tranquille. Le prince d'Hyrcanie avait été tué dans un

combat. Les Babyloniens vainqueurs déclarèrent qu'Astarté épouserait celui qu'on choisirait pour

souverain. On ne voulut point que la première place du monde, qui serait celle de mari d'Astarté et de roi

de Babylone, dépendît des intrigues et des cabales. On jura de reconnaître pour roi le plus vaillant et le

plus sage. Une grande lice, bordée d'amphithéâtres magnifiquement ornés, fut formée à quelques lieues

de la ville. Les combattants devaient s'y rendre armés de toutes pièces. Chacun d'eux avait derrière les

amphithéâtres un appartement séparé, où il ne devait être vu ni connu de personne. Il fallait courir quatre

lances. Ceux qui seraient assez heureux pour vaincre quatre chevaliers devaient combattre ensuite les uns

contre les autres; de façon que celui qui resterait le dernier maître du camp serait proclamé le vainqueur

des jeux. Il devait revenir quatre jours après avec les mêmes armes, et expliquer les énigmes proposées

par les mages. S'il n'expliquait point les énigmes, il n'était point roi, et il fallait recommencer à courir des

lances, jusqu'à ce qu'on trouvât un homme qui fût vainqueur dans ces deux combats; car on voulait

absolument pour roi le plus vaillant et le plus sage. La reine, pendant tout ce temps, devait être

étroitement gardée: on lui permettait seulement d'assister aux jeux, couverte d'un voile; mais on ne

souffrait pas qu'elle parlât à aucun des prétendants, afin qu'il n'y eût ni faveur ni injustice.

Voilà ce qu'Astarté fesait savoir à son amant, espérant qu'il montrerait pour elle plus de valeur et d'esprit
que personne. Il partit, et pria Vénus de fortifier son courage et d'éclairer son esprit. Il arriva sur le rivage

de l'Euphrate, la veille de ce grand jour. Il fit inscrire sa devise parmi celles des combattants, en cachant

son visage et son nom, comme la loi l'ordonnait, et alla se reposer dans l'appartement qui lui échut par le

sort. Son ami Cador, qui était revenu à Babylone, après l'avoir inutilement cherché en Egypte, fit porter

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