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Voltaire - Lettres philosophiques

élémentaires, séparés par le moyen du prisme, ne sont arrangés dans leur ordre que parce qu'elles sont
réfractées en cet ordre même ; et c'est cette propriété, inconnue jusqu'à lui, de se rompre dans cette

proportion, c'est cette réfraction inégale des rayons, ce pouvoir de réfracter le rouge moins que la couleur

orangée, etc., qu'il nomme réfrangibilité.

Les rayons les plus réflexibles sont les plus réfrangibles ; de là il fait voir que le même pouvoir cause la
réflexion et la réfraction de la lumière.

Tant de merveilles ne sont que le commencement de ses découvertes ; il a trouvé le secret de voir les
vibrations et les secousses de la lumière, qui vont et viennent sans fin, et qui transmettent la lumière ou la

réfléchissent selon l'épaisseur des parties qu'elles rencontrent ; il a osé calculer l'épaisseur des particules

d'air nécessaire entre deux verres posés l'un sur l'autre, l'un plat, l'autre convexe d'un côté, pour opérer

telle transmission ou réflexion, et pour faire telle ou telle couleur.

De toutes ces combinaisons il trouve en quelle proportion la lumière agit sur les corps et les corps
agissent sur elle.

Il a si bien vu la lumière qu'il a déterminé à quel point l'art de l'augmenter et d'aider nos yeux par des
télescopes doit se borner.

Descartes, par une noble confiance bien pardonnable à l'ardeur que lui donnaient les commencements
d'un art presque découvert par lui, Descartes espérait voir dans les astres, avec des lunettes d'approche,

des objets aussi petits que ceux qu'on discerne sur la terre.

Newton a montré qu'on ne peut plus perfectionner les lunettes, à cause de cette réfraction et de cette
réfrangibilité même qui, en nous rapprochant les objets, écartent trop les rayons élémentaires ; il a

calculé, dans ces verres, la proportion de l'écartement des rayons rouges et des rayons bleus ; et, portant

démonstration dans des choses dont on ne soupçonnait pas même l'existence, il examine les inégalités

que produit la figure du verre, et celle que fait la réfrangibilité. Il trouve que le verre objectif de la lunette

étant convexe d'un côté et plat de l'autre, si le côté plat est tourné vers l'objet, le défaut qui vient de la

construction et de la position du verre est cinq mille fois moindre que le défaut qui vient par la

réfrangibilité ; et qu'ainsi ce n'est pas la figure des verres qui fait qu'on ne peut perfectionner les

d'approche, mais qu'il faut s'en prendre à la matière même de la lumière.

Voilà pourquoi il inventa un télescope qui montre les objets par réflexion, et non point par réfraction.
Cette nouvelle sorte de lunette est très difficile à faire, et n'est pas d'un usage bien aisé ; mais on dit en

Angleterre qu'un télescope de réflexion de cinq pieds fait le même effet qu'une lunette d'approche de cent

pieds.

DIX-SEPTIÈME LETTRE. SUR L'INFINI ET SUR LA CHRONOLOGIE.

Le labyrinthe et l'abîme de l'infini est aussi une carrière nouvelle parcourue par Newton, et on tient de lui
le fil avec lequel on s'y peut conduire.

Descartes se trouve encore son précurseur dans cette étonnante nouveauté ; il allait à grands pas dans sa
géométrie jusque vers l'infini, mais il s'arrêta sur le bord. M. Wallis, vers le milieu du dernier siècle, fut

le premier qui réduisit une fraction, par une division perpétuelle, à une suite infinie.

Milord Brouncker se servit de cette suite pour carrer l'hyperbole.

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