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François Villon - Poésies diverses

Jeuner lui fault dimenches et merdiz,
Dont les dens a plus longues que ratteaux ;

Aprés pain sec, non pas aprés gasteaux,

En ses boyaulx verse eaue a gros bouillon,

Bas en terre - table n'a ne tresteaux -.

Le lesserez la, le povre Villon ?

Princes nommez, ancïens, jouvenciaulx,
Impertez moy graces et royaulx seaulx

Et me montez en quelque corbillon.

Ainsi le font, l'un a l'autre, pourceaux,

Car ou l'un brait, ilz fuyent a monceaux.

Le lesserez la, le povre Villon ?

Requête à Monseigneur de Bourbon

Le mien seigneur et prince redoubté,
Floron de lis, roialle geniture,

Françoy Villon, que Tavail a dompté3

A coups orbes, a force de batture,

Vous supplie par cest humble escripture

Que luy faciez quelque gracïeux prest.

De s'obliger en toutes cours est prest,

Se doubte avés que bien ne vous contante :

Sans y avoir dommage n'interest,

Vous n'y perdrés seulement que l'attente.

De prince n'a ung denier empruncté,
Fors de vous seul, vostre humble creature.

De six escuz que luy avés presté,

Lesquelx il mist pieça en nourriture,

Tout se paiera ensemble, c'est droiture;

Mais ce sera legierement et prest,

Car se de glan rencontre en la forest

Dentour Pactay et chastaignes ont vente,

Paié vous tient sans delay ni arrest :

Vous n'y perdrés seulement que l'attente.

Se je pouoie vendre de ma santé
A ung Lombart, usurier par nature,

Fault d'argent m'a si fort enchanté

Que j'en prendroie, ce croy bien, l'avanture.

Argent ne pend a gipon n'a saincture.

Biau Sire Dieux ! je m'esbais que c'est,

Car devant moy croix ne se comparest,

Sinon de bois ou pierre, que ne mente ;

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