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François Villon - Oeuvres complètes

De gens qui vont souvent sur mer;
De ceulx qui vont les bleds semer,

Et de celluy qui l'asne maine;

Mais, à trestout considérer,

Povres housseurs ont assez peine.

A petis enfans gouverner,
Dieu sçait se c'est esbatement!

De gens d'armes doit-on parler?

De faire leur commandement?

De servir Malchus chauldement?

De servir dames et aymer?

De guerrier et bouhourder

Et de jouster à la quintaine?

Mais, à trestout considérer,

Povres housseurs ont assez peine.

Ce n'est que jeu de bled soyer,
Et de prez faulcher, vrayement;

Ne d'orge battre, ne vanner,

Ne de plaider en Parlement;

A danger emprunter argent;

A maignans leurs poisles mener;

Et à charretiers desjeuner, [P. 120]

Et de jeusner la quarantaine;

Mais, à trestout considérer,

Povres housseurs ont assez peine.

PROBLÈME OU BALLADE
AU NOM DE LA FORTUNE.

Fortune fuz par clercz jadis nommée,
Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.

S'il y a hom d'aucune renommée

Meilleur que toy, faiz user en plastrière,

Par povreté, et fouyr en carrière,

S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?

Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.

Regarde et voy de mes faitz de jadis,

Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,

Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,

Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:

Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

Contre grans roys je me suis bien armée,
Le temps qui est passé; car, en arrière,

Priame occis et toute son armée;

Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.

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