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François Villon - Oeuvres complètes

ne plus changer, et ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans la vérité qu'à la condition
de s'en tenir aux mêmes [P. XVII] contours.»

Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le Petit Testament, «qui n'est que
spirituel, » et sur quelques pièces qu'il regrette de trouver dans le Grand Testament, ajoute:

«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne
dira jamais assez à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est inestimable. Le sentiment en est

étrange, et aussi touchant que pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le savoir, et en

peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant,

mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en détourner. Je connais même peu de leçons

plus fortes que la ballade: Tout aux tavernes et aux filles. La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle

à la gravité, l'émotion à la raillerie, la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec mélancolie;

le sentiment du néant des choses et des êtres est mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et

tout cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la pensée avec une justesse si vive, que

vous n'avez pas le temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le vêtement. C'est bien

mieux que l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,

qui écrivait: Il n'est bon bec que de Paris, a recueilli dans les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il

en a le sentiment, il en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une phrase si vive, si nette,

si bien construite, si énergique ou si légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance et

même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété

et l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse

[P. XVIII] et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle humanité. Il faut aller jusqu'à

Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la science et

l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire

dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...»

On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est évident
que le Petit Testament n'est pas son coup d'essai. Lors de son second procès, en 1457, il était

probablement connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans fût

intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait grâce de la vie. Lorsqu'il composa le Grand

Testament
, il y fit entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement partie, mais qui s'y
rattachaient assez naturellement. On n'y trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement

au Petit Testament. Villon ne paraît pas avoir été très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La

plupart sont sans doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils manuscrits ou imprimés où il

n'est pas facile de les reconnaître, soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit parce qu'elles

sont attribuées à d'autres. On ne connaît pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement

lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans son concours et probablement après sa mort,

ne contiennent que le Grand et le Petit Testament, le Jargon, et un petit nombre

de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du Jardin de plaisance, dont la première

édition est de 1499 ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur testamentaire que Villon lui

avait confiées, si tant est qu'on doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX] Grand

Testament
. Il fit entrer dans son recueil diverses pièces connues comme étant de Villon et beaucoup
d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire des unes ni des autres

qu'elles étaient de lui.

M. Brunet a donné, dans la dernière édition du Manuel du Libraire, une excellente notice des

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