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François Villon - Oeuvres complètes

l'école du malheur, il vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout à fait nouvelle. Il
rompit en visière à l'Allégorie, qui régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la poésie

rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps. Il fut le premier poète réaliste. Que l'on

compare avec ses autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la poétique de ses

contemporains, la Ballade Villon (p. 109), la Requeste au Parlement (p. 103), et d'autres,

et l'on ne sera point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait [P. XV] pas été «nourry en la

court des rois et princes, où les jugemens s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût

certainement plus perdu que gagné.

[Note 30: Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme une pelote, M'ouvrist plus que tous les
Commens D'Averroys sur Aristote.
(P. 25.)]

M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon dans la poésie française. Je ne puis
mieux faire que de lui emprunter ces quelques lignes:

«... Au moment où parut Villon, la littérature française en était précisément à cette période de
transformation; de la poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses contemporains, subissant à

leur insu cette phase littéraire, s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de bonheur; Villon

l'atteignit du premier coup. Sa force est là, et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport,

offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a été reconnue de tous, et le succès qui

l'accueillit ne s'arrêta pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de ses poésies par

Clément Marot, qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta.

Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot ait osé «louer un si goffe

ouvrier et faire cas de ce qui ne vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force partiale

du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans

se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme recommence: Regnier est un disciple de

Villon; Patru le loue; Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; Voltaire l'imite; les érudits

littéraires du XVIIe et du XVIIIe siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé Goujet, parlent

de lui comme il convient, en même temps que Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye

l'annote, et que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De [P. XVI] nos jours, une justice

encore plus éclatante lui a été rendue. L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter,

pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en

profitant des précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parlé incidemment de

Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres

encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou a écrit sur notre poète une longue

étude, insérée dans le Journal des Savants, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne Revue

française
, des pages vives, aussi justes que pleines de verve, qui ont été recueillies dans ses
Grotesques
. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, ont pris
Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent

travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être qu'une plus ancienne et plus familière

connaissance des alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître l'originalité, la valeur aisée et

puissante, la force et l'humanité de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce jugement est

aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le

premier poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est écoulé un long temps

avant que d'autres fussent dignes d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et complète;

d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique

plus ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la figure de Villon sont arrêtés de façon à

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