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François Villon - Oeuvres complètes

quelque plaisanterie sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop scandaleuse, toutes
choses dont il était bien capable et dont la répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de

croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui n'a jamais protesté contre sa

condamnation au fouet, qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait jugé par

fausserie
, fit preuve de la plus violente rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain
que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de

Bourbon.

Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de Meung, plongé dans un cul de basse-fosse,
nourri au pain et à l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue contre lui mais le

traitement qu'on lui faisait subir devait le conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis

XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, et Villon lui dut sa

délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux avènement qui remettait

leur peine à tous les prisonniers d'une ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt porté à

croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet d'une mesure de clémence de

la part du roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît justifier cette supposition [19].

[Note 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon était Charles VII. Je ne puis adopter cette
opinion. Sans examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée, je me bornerai à faire

remarquer que Charles VII mourut à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461, précisément

au moment où Villon était dans la prison de Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa tout un

été
(p. 21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.]

En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en partie, le Grand Testament, dans
lequel sont [P. XII] intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de sa vie, et dont

quelques-unes ont dû être composées beaucoup plus tard.

Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps; mais on ne sait rien de précis à cet égard.
Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en

définitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, Salins,

Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces

localités dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles,

son séjour en Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi Edouard V, ne me semblent pas

beaucoup plus certains, malgré mon respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui me semble

hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est

inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le Petit Testament, il annonce qu'il va à

Angers [21]; il en revenait peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le Grand Testament, il dit

qu'il «parle un peu poictevin [22].» La Ballade Villon (p. 109) et la Double ballade (p.

107) prouvent qu'il séjourna quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers de la page

111: [P. XIII]

Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.

autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces charges qu'on donnait aux poètes de cour.
Ainsi, par le Dit de la naissance Marie, Villon n'avait pas seulement échappé au dernier supplice;

il s'était de plus acquis la faveur de Charles d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque

temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465.

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