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François Villon - Oeuvres complètes

Et ayme myeulx aymer chascun.

LIII.

Qui les meut à ce? J'imagine,
Sans l'honneur des dames blasmer

Que c'est nature feminine, [P. 45]

Qui tout vivement veult aymer.

Autre chose n'y sçay rymer;

Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,

Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,

Que six ouvriers font plus que troys.

LIV.

Or ont les folz amans le bond,
Et les dames prins la vollée;

C'est le droit loyer qu'amours ont;

Toute foy y est violée,

Quelque doulx baiser n'acollée.

De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,

Chascun le dit à la vollée:

«Pour ung plaisir mille doulours.»

DOUBLE BALLADE
SUR LE MÊME PROPOS.

Pour ce, aymez tant que vouldrez,
Suyvez assemblées et festes,

En la fin jà mieulx n'en vauldrez,

Et sy n'y romprez que vos testes:

Folles amours font les gens bestes:

Salmon en idolatrya;

Samson en perdit ses lunettes...

Bien heureux est qui rien n'y a!

Orpheus, le doux menestrier,
Jouant de flustes et musettes,

En fut en dangier du meurtrier [P. 46]

Bon chien Cerberus à troys testes;

Et Narcissus, le bel honnestes,

En ung profond puys se noya,

Pour l'amour de ses amourettes...

Bien heureux est qui rien n'y a!

Sardana, le preux chevalier,
Qui conquist le regne de Crètes,

En voult devenir moulier

Et filer entre pucellettes.

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