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François Villon - Oeuvres complètes

[Note 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.]

[Note 7: Voyez Notes, p. 224.]

Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce besoin de
savoir qui tourmente les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les misères de l'état d'écolier

pauvre. On n'a pas de renseignements certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les progrès

qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait

plus tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais ce legs pourrait bien n'être qu'une

plaisanterie, comme tant d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le grade de maître en

théologie, but suprême des études du temps[8].

[Note 8: Voy. Grand Testament, huitains XXXVII (p. 32) et LXXII (p. 52.)]

En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés à bien des tentations. Villon n'y sut pas
résister. En contact avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus d'argent comme lui, il

adopta leurs moeurs et façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les Repues

franches
, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un de ses disciples, nous font connaître par
quelles combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de mener joyeuse vie.

Leurs friponneries étaient tout à [P. VIII] fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas

les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler des bons tours; mais ils étaient sur

une pente glissante, et la justice n'entendait pas raillerie.

[Note 9: C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient point d'argent; A tromper devant et
derrière Estoit un homme diligent.
(P. 190.)]

Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien
d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le

premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une manière

certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.

Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes perdues dont la Ballade de la Grosse
Margot
[10] nous donne l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et
timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers

noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une femme de moeurs faciles, une gentille

bourgeoise ou une noble damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle l'écouta d'abord,

l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes

qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de lui[13]. Villon

s'emporta contre sa belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX] peut-être contre elle

quelque ballade piquante, quelque rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait

volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et

Villon fut bel et bien condamné au fouet[16].

[Note 10: Page 83.]

[Note 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en maints endroits des oeuvres de Villon,
mêlé à ses regrets et aux reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. les huitains III, IV,

V et X du Petit Testament, LV à LIX du Grand Testament, la ballade de la page 57, le

rondeau p. 59, etc.]

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