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François Villon - Oeuvres complètes

Grand entr'oeil, le regard joly,
Dont prenoye les plus subtilz;

Ce beau nez droit, grand ne petiz;

Ces petites joinctes oreilles,

Menton fourchu, cler vis traictis,

Et ces belles lèvres vermeilles?

«Ces gentes espaules menues,
Ces bras longs et ces mains tretisses;

Petitz tetins, hanches charnues,

Eslevées, propres, faictisses

A tenir amoureuses lysses;

Ces larges reins, ce sadinet,

Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]

Dedans son joly jardinet?

«Le front ridé, les cheveulx gris,
Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,

Qui faisoient regars et ris,

Dont maintz marchans furent attaincts;

Nez courbé, de beaulté loingtains;

Oreilles pendans et moussues;

Le vis pally, mort et destaincts;

Menton foncé, lèvres peaussues:

«C'est d'humaine beauté l'yssues!
Les bras courts et les mains contraictes,

Les espaulles toutes bossues;

Mammelles, quoy! toutes retraictes;

Telles les hanches que les tettes.

Du sadinet, fy! Quant des cuysses,

Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes

Grivelées comme saulcisses.

«Ainsi le bon temps regretons
Entre nous, pauvres vieilles sottes,

Assises bas, à croppetons,

Tout en ung tas comme pelottes,

A petit feu de chenevottes,

Tost allumées, tost estainctes;

Et jadis fusmes si mignottes!...

Ainsi en prend à maintz et maintes.»

[P. 42]

BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE
AUX FILLES DE JOIE.

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