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François Villon - Oeuvres complètes
Advis m'est que j'oy regretter La belle qui fut heaulmière, Soy jeune fille souhaitter Et parler en ceste manière: «Ha! vieillesse felonne et fière, Pourquoy m'as si tost abatue? Qui me tient que je ne me fière, Et qu'à ce coup je ne me tue?
«Tollu m'as ma haulte franchise Que beauté m'avoit ordonné Sur clercz, marchans et gens d'Eglise: Car alors n'estoit homme né Qui tout le sien ne m'eust donné, Quoy qu'il en fust des repentailles, Mais que luy eusse abandonné Ce que reffusent truandailles.
«A maint homme l'ay reffusé, Qui n'estoit à moy grand saigesse, Pour l'amour d'ung garson rusé, Auquel j'en feiz grande largesse. A qui que je feisse finesse, Par m'ame, je l'amoye bien! Or ne me faisoit que rudesse, Et ne m'amoyt que pour le mien.
«Jà ne me sceut tant detrayner, [P. 40] Fouller au piedz, que ne l'aymasse, Et m'eust-il faict les rains trayner, S'il m'eust dit que je le baisasse Et que tous mes maux oubliasse; Le glouton, de mal entaché, M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! Que m'en reste-il? Honte et péché.
«Or il est mort, passé trente ans, Et je remains vieille et chenue. Quand je pense, lasse! au bon temps, Quelle fus, quelle devenue; Quand me regarde toute nue, Et je me voy si très-changée, Pauvre, seiche, maigre, menue, Je suis presque toute enragée.
«Qu'est devenu ce front poly, Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
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