bibliotheq.net - littérature française
 

François Villon - Oeuvres complètes

Les gallans en eurent grand joye,
Et le bandèrent en ce lieu,

Puis chascun d'eux si print la voye

Pour s'en aller sans dire adieu.

Le varlet, qui estoit bandé,
Tournoyoit parmy la maison.

Il fut de l'escot prébendé [P. 214]

Par ceste subtile achoison.

Affin d'avoir provision

De l'escot, l'hoste monte en hault:

Quand il vit ceste intention,

A peu que le cueur ne lui fault.

En montant, l'hoste fut happé
Par son varlet, sans dire mot,

Disant: «Je vous ay attrapé,

Il faut que vous payez l'escot,

Ou vous laisserez le surcot.»

De quoy il ne fut pas joyeux,

****************************

Cuydant qu'il fust mathelineux.

Quand le varlet se desbanda,
La tromperie peut bien congnoistre:

Fut estonné quand regarda,

Et vit bien que c'estoit son maistre.

Pensez qu'il en eut belle lettre,

Car il parla lors à bas ton,

Et, pour sa peine, sans rien mettre,

Il eut quatre coups de baston.

Ainsi furent, sans rien payer,
Les povres gallans délivrez

De la maison du tavernier,

Où ilz s'estoyent presque enyvrez

Des vins qu'on leur avoit livrez

Pour boire à plain gobelet,

Que paya le povre varlet.

Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
Ainsi que m'ont dit cinq ou six,

Le cas advint au Plat d'estain

Près Sainct-Pierre-des-Arsis.

Bien eschéoit ung grant mercis,

A tout le moins, pour ce repas,

Et si ne le payèrent pas.

< page précédente | 154 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.