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François Villon - Oeuvres complètes
Que l'ambassadeur, pour tout veoir, Craignoit moult fort l'Epidemie.
Ce gallant en fut adverty, Qui nonobstant fist bonne mine, Et quand il fut près de midi, A l'heure qu'il est temps qu'on disne, Il entra dedans la cuysine, Manyant toute la viande, Comme docteur en médecine [P. 198] Qui tient malades en commande.
Tous les seigneurs là regardèrent Son train, ses façons et manières; Mais, après luy, pas ne tastèrent, Aussi ne luy challoit-il guères. Après il print les esguières, Le vin, le claire, l'ypocras, Darioles, tartes entières: Il tasta de tout, par compas.
Et, pour bien entendre son cas, Quand il vit qu'il estoit saison, A bien jouer ne faillit pas, Pour faire aux seigneurs la raison, Si bien que dedans la maison Demeura tout seul pour repaistre, Soustenant, par fine achoison, Qu'il se douloit du cousté destre.
Lors y avoit une couchette Où il failloit la feste faire, Et n'a dent qui ne luy cliquette; Là se mist, commençant à braire Que l'on s'en fuyt au presbytaire, Pour faire le prebstre acourir, Atout Dieu et l'autre ordinaire Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
Quand les seigneurs virent le prebstre Avec ses sacremens venir, Chacun d'eulx eust bien voulu estre Dehors, je n'en veulx point mentir: Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199] Que là demeurèrent les vivres, Dont les compaignons du martir Furent troys jours et troys nuyts yvres.
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