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François Villon - Oeuvres complètes

Dit le second commendement?
Qu'on ne jure Dieu vainement.

Non ay-je en vain, mais très ferme,

Ainsi que fait ung bon genderme,

Car il n'est rien craint, s'il ne jure.

Le tiers nous enjoingt et procure,

Et advertist et admoneste,

Que l'en doit bien garder la feste,

Autant en hyver qu en esté:

J'ay tousjours voulentiers festé,

De ce ne mentiray-je point;

Et le quatriesme nous enjoint

Qu'on doit honnorer père et mère:

J'ay tousjours honoré mon père,

En moy congnoissant gentilhomme

De son costé, combien qu'en somme

Sois villain et de villenaille.

(A l'espoventail.)

Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
Jusques amen; miséricorde!

Relevez ung peu vostre corde;

Ferez que le traict ne me blesse.

(A part.)

Item, morbieu! je me confesse
Du cinquiesme, sequentement:

Deffend-il pas expressément [P. 161]

Que nul si ne soit point meurtrier?

(A l'espoventail.)

Las! Monseigneur l'arbalestrier,
Gardez bien ce commendement;

Quant est à moy, par mon serment,

Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.

(A part.)

L'aultre commendement nous baille
Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,

Car en lieu n'en place quelconque

Je n'euz loysir de rien embler.

J'ay assez à qui ressembler

En ce point; je n'ay point meffait,

Car, se l'en m'eust pris sur le fait,

Dieu scet comme il me fust mescheu!

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