|
François Villon - Oeuvres complètes
Par le sang bieu! je ne crains paige, S'il n'a point plus de quatorze ans. J'ay autresfoys tenu les rencz, Dieu Mercy! et gaigné le prix Contre cinq Angloys que je pris, Povres prisonniers desnuez, [P. 151] Si tost que je les euz ruez. Ce fust au siège d'Alençon. Les troys se misrent à rançon, Et le quatriesme s'enfuyt. Incontinent que l'autre ouyt Ce bruit, il me print à la gorge. Se je n'eusse crié: Sainct George! Combien que je suys bon Françoys, Sang bieu! il m'eust tué ançoys Que personne m'eust secouru. Et quand je me senty feru D'une bouteille, qu'il cassa Sur ma teste: «Venez ça, ça! Dis-je lors. Que chascun s'appaise! Je ne quiers point faire de noise, Ventre bieu! et buvons ensemble. Posé soit ores que je tremble, Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»
Cy dit ung quidem, par derrière les gens: Coquericoq.
Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille Chanter chez quelque bonne vieille; Il convient que je la resveille. Poullaille font icy leurs nidz! C'est du demourant d'Ancenys, Par ma foy! ou du Champ-Toursé... Helas! que je me vis coursé De la mort d'ung de mes nepveux! J'euz d'ung canon par les cheveux, Qui me vint cheoir tout droit en barbe; Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152] Vueille-moy ayder à ce coup, Et je t'ayderay l'autre coup!» Adonc le canon m'esbranla, Et vint ceste fortune-là Quand nous eusmes le fort conquis. Le Baronnet et le Marquis, Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
|