|
François Villon - Oeuvres complètes
D'ung arc turcquois, d'une espée affilée Ayent les paillars la brouaille cousue, De feu gregoys la perrucque bruslée, Et par tempeste la cervelle espandue, Au grand gibet leur charongne pendue, Et briefvement puissent mourir de goutte, Ou je requiers et pry que l'on leur boute Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, Et puis bouillir en huille le matin, Desmembrez soient à quatre grans chevaux, Les taverniers qui brouillent nostre vin.
D'un gros canon la tête escarbouillée Et de tonnerre acablez en la rue Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée, De gros mastins bien garnye et pourvue, De forz esclers puissent perdre la veue, Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, Avecques ce ilz aient la pluye toute Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx Les taverniers qui brouillent nostre vin.
Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] Et crever puissent par force de venin Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, Les taverniers qui brouillent nostre vin
XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
AVEC SON EPITAPHE.
C'est à meshuy! J'ay beau corner! Or ça, il s'en fault retourner, Maulgré ses dentz, en sa maison Si ne vis-je pieça saison Où j'eusse si hardy couraige Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige Que je n'ay à qui me combatre... Y a-il homme qui à quatre, Dy-je, y a-il quatre qui vueillent Combatre à moy? Se tost recueillent Mon gantelet; vela pour gaige!
|