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François Villon - Oeuvres complètes
Son corps soit remply de poison, Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] Qui autruy blasme sans raison.
ENVOI.
Prince, soit mis en la gehaine Dix fois le jour comme ung larron, Ou qu'en prison vive en famine, Qui autruy blasme sans raison.
XVIII. BALLADE.
J'ay ung arbre de la plante d'amours, Enraciné en mon cueur proprement, Qui ne porte fruits, sinon de dolours, Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; Mais, puis qu'il fut planté premièrement, Il est tant creu, de racine et de branche, Que son umbre, qui me porte nuysance, Fait au dessoubs toute joye seichier, Et si ne puis, pour toute ma puissance, Autre planter, ne celuy arrachier.
De si long-temps est arrosé de plours Et de lermes tant douloureusement, Et si n'en sont les fruits de rien meillours: Ne je n'y truys guères d'amendement. Je les recueille pourtant soigneusement. C'est de mon cueur l'amère soustenance, Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance Que porter fruits qui le dussent blecier; Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, Autre planter, ne celuy arrachier.
S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] Et arbrynceaux percent nouvellement, Amours vouloit moy faire ce secours, Que les branches qui font empeschement Il retranchast du tout entierement, Pour y enter ung rynceau de plaisance, Il gecteroit bourgeons de souffisance; Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; Et ne fauldroit jà, par desesperance, Autre planter, ne celuy arrachier.
ENVOI.
Ma princesse, ma première esperance,
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