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François Villon - Le Lais

Le salut que l'ange predit ;
Si suspendis et mis en bonne

Pour prier comme le cueur dit.

XXXVI


Ce faisant, je m'entroubliay,

Non pas par force de vin boire,

Mon esperit comme lÿé.

Lors je sentis dame Memoire

Reprendre et mectre en son aulmoire

Ses especes colaterales,

Oppinative faulse et voire

Et autres intellectualles,

XXXVII


Et meismement l'estimative,

Par quoy prospective nous vient,

Simulative, formative,

Desquelles souvent il advient

Que, par leur trouble, homme devient

Fol et lunatique par moys ;

Je l'ay leu, se bien m'en souvient, En Aristote aucunesfois.

XXXVIII


Dont le sensitif s'esvailla

Et esvertua Fantaisie,

Qui les organes resveilla,

Et tint la souveraine partie

En suspens et comme mortie

Par oppressïon d'oubliance,

Qui en moy s'estoit espartie

Pour monstrer de Sens la lïance.

XXXIX


Puis que mon sens fut a repos

Et l'entendement desmellé,

Je cuiday finer mon propos,

Mais mon ancrë trouvay gelé

Et mon cierge trouvay soufflé ;

De feu je n'eusse peu finer,

Si m'endormis, tout enmouflé,

Et ne peuz autrement finer.

XL


Fait au temps de ladite datte

Par le bien renommé Villon,

Qui ne mengue figue ne datte,

Sec et noir comme escouvillon ;

Il n'a tente ne pavillon

Qu'il n'ait lessié a ses amis,

Et n'a mais q'un peu de billon

Qui sera tantost a fin mis.

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