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François Villon - Le Lais

Trambler a chiere renfrongnee,
Megres, velus et morfondus,

Chausses courts, robe rongnee,

Gelez, murdriz et enfondus.

XXXI


Item, je laisse a mon barbier

Les rongnures de mes cheveux,

Plainement et sans destourbier ;

Au savetier mes souliers vieulx,

Et au freppier mes habitz tieulx

Que quant du tout je les delaisse ;

Pour mains qu'ilz ne cousterent neufz

Charitablement je leur laisse.

XXXII


Item, je laisse aux Mendïans,

Aux Filles Dieu et aux Beguines,

Savoureux morceaulx et fryans,

Chappons, flaons, grasses gelines,

Et puis prescher les .XV. signes

Et abatre pain a deux mains.

Carmes chevauchent noz voisines,

Mais cela, ce n'est que du mains.

XXXIII


Item, laisse le Mortier d'or

A Jehan, l'espicier, de la Garde,

Une potence de sainct Mor,

Pour faire ung broyer a moustarde.

Et celluy qui fist l'avantgarde

Pour faire sur moy griefz exploiz :

De par moy, saint Anthoine l'arde !

- Je ne luy feray autre laiz.

XXXIV


Item, je lesse a Mirebeuf

Et a Nicolas de Louviers,

A chacun l'escaille d'un oeuf

Plaine de francs et d'escus vieulx.

Quant au concierge de Gouvieulx,

Pierre de Rousseville, ordonne,

Pour le donner entendre mieulx,

Escus telz que le Prince donne.

XXXV


Finablement, en escripvant,

Ce soir, seulet, estant en bonne,

Dictant ces laiz et descripvant,

J'ouys la cloche de Serbonne,

Qui tous jours a neuf heures sonne

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