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François Villon - Le Lais

qui m'a esté fellone et dur ;
Sans ce qu'en riens j'aye mesprins,

Veult et ordonne que j'endure

La mort, et que plus je ne dure.

Si n'y vois secours que fouïr ;

Rompre veult la vive soudure

Sans mes pitieux regrets ouïr.

VI


Pour obvier a ses dangiers,

Mon mieulx est, ce croy, de partir.

A Dieu ! Je m'en vois a Angers,

Puis qu'el ne me veult impartir

Sa grace ne me departir.

Par elle meurs, les membres sains ;

Au fort, je suys amant martir,

Du nombre des amoureux sains.

VII


Combien que le depart me soit

Dur, si fault il que je l'eslongne ;

Comme mon povre sens consoit,

Aultre que moy est en quelongne,

Dont oncques soret de Boulongne

Ne fut plus alteré d'humeur.

C'est pour moy piteuse besongne :

Dieu en vueille ouÿr ma clameur !

VIII


Et puys que departir me fault

Et du retour ne suis certain

(Je ne suis homme sans deffault,

Ne qu'aultre d'assier ne d'estain ;

Vivre aux humains est incertain

Et aprés mort n'y a relaiz)

- Je m'en vois en pays lointain - ,

Si establit ce present laiz.

IX


Premierement, ou nom du Pere,

Du Filz et Saint Esperit,

Et de sa glorïeuse Mere

Par qui grace riens ne perit,

Je laisse, de par Dieu, mon bruyt

A maistre Guillaume Villon,

Qui en l'onneur de son nom bruyt,

Mes tentes et mon pavillon.

X


Item, a celle que j'ay dit

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