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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
et ajoutait on ne sait quelle ironie à la menace.
- Robespierre, vous avez qualifié ceux qui veulent le renversement des trônes, les Don Quichottes du genre humain.
- Et vous, Marat, après le 4 août, dans votre numéro 559 de l'Ami du Peuple, ah! j'ai retenu le chiffre, c'est utile, vous avez demandé qu'on rendît aux nobles leurs titres. Vous avez dit: Un duc est toujours un duc.
- Robespierre, dans la séance du 7 décembre, vous avez défendu la femme Roland contre Viard.
- De même que mon frère vous a défendu, Marat, quand on vous a attaqué aux Jacobins. Qu'est-ce que cela prouve? rien.
- Robespierre, on connaît le cabinet des Tuileries où vous avez dit à Garat: Je suis las de la Révolution.
- Marat, c'est ici, dans ce cabaret, que, le 29 octobre, vous avez embrassé Barbaroux.
- Robespierre, vous avez dit à Buzot: La République, qu'est-ce que cela?
- Marat, c'est dans ce cabaret que vous avez invité à déjeuner trois Marseillais par compagnie.
- Robespierre, vous vous faites escorter d'un fort de la halle armé d'un bâton.
- Et vous, Marat, la veille du 10 août, vous avez demandé à Buzot de vous aider à fuir à Marseille déguisé en jockey.
- Pendant les justices de septembre, vous vous êtes caché, Robespierre.
- Et vous, Marat, vous vous êtes montré.
- Robespierre, vous avez jeté à terre le bonnet rouge.
- Oui, quand un traître l'arborait. Ce qui pare Dumouriez souille Robespierre.
- Robespierre, vous avez refusé, pendant le passage des soldats de Chateauvieux, de couvrir d'un voile la tête de Louis XVI.
- J'ai fait mieux que lui voiler la tête, je la lui ai coupée.
Danton intervint, mais comme l'huile intervient dans le feu.
- Robespierre, Marat, dit-il, calmez-vous.
Marat n'aimait pas à être nommé le second. Il se retourna.
- De quoi se mêle Danton? dit-il.
Danton bondit.
- De quoi je me mêle? de ceci. Qu'il ne faut pas de fratricide ; qu'il ne faut pas de lutte entre deux hommes qui servent le peuple ; que c'est assez de la guerre étrangère, que c'est assez de la guerre civile, et que ce serait trop de la guerre domestique ; que c'est moi qui ai fait la Révolution, et que je ne veux pas qu'on la défasse. Voilà de quoi je me mêle.
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