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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize

Robespierre regarda Marat et repartit tranquillement:

- Trêve aux généralités. Je précise. Voici des faits.

- Pédant! grommela Marat.

Robespierre posa la main sur les papiers étalés devant lui et continua:

- Je viens de vous lire les dépêches de Prieur de la Marne. Je viens de vous communiquer les
renseignements donnés par ce Gélambre. Danton, écoutez, la guerre étrangère n'est rien, la guerre civile

est tout. La guerre étrangère, c'est une écorchure qu'on a au coude ; la guerre civile, c'est l'ulcère qui vous

mange le foie. De tout ce que je viens de vous lire, il résulte ceci: la Vendée, jusqu'à ce jour éparse entre

plusieurs chefs, est au moment de se concentrer. Elle va désormais avoir un capitaine unique...

- Un brigand central, murmura Danton.

- C'est, poursuivit Robespierre, l'homme débarqué près de Pontorson le 2 juin. Vous avez vu ce qu'il est.
Remarquez que ce débarquement coïncide avec l'arrestation des représentants en mission, Prieur de la

Côte-d'Or et Romme, à Bayeux, par ce district traître du Calvados, le 2 juin, le même jour.

- Et leur translation au château de Caen, dit Danton.

Robespierre reprit:

- Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s'organise sur une vaste échelle. En même
temps une descente anglaise se prépare ; Vendéens et Anglais, c'est Bretagne avec Bretagne. Les hurons

du Finistère parlent la même langue que les topinambous du Cornouailles. J'ai mis sous vos yeux une

lettre interceptée de Puisaye où il est dit que " vingt mille habits rouges distribués aux insurgés en feront

lever cent mille ". Quand l'insurrection paysanne sera complète, la descente anglaise se fera. Voici le plan

suivez-le sur la carte.

Robespierre posa le doigt sur la carte, et poursuivit:

- Les Anglais ont le choix du point de descente, de Cancale à Paimpol. Craig préférerait la baie de
Saint-Brieuc, Cornwallis la baie de Saint-Cast. C'est un détail. La rive gauche de la Loire est gardée par

l'armée vendéenne rebelle, et quant aux vingt-huit lieues à découvert entre Ancenis et Pontorson,

quarante paroisses normandes ont promis leur concours. La descente se fera sur trois points, Plérin,

Iffiniac et Pléneuf ; de Plérin on ira à Saint-Brieuc, et de Pléneuf à Lamballe ; le deuxième jour on

gagnera Dinan où il y a neuf cents prisonniers anglais, et l'on occupera en même temps Saint-Jouan et

Saint-Méen ; on y laissera de la cavalerie ; le troisième jour, deux colonnes se dirigeront l'une de Jouan

sur Bédée, l'autre de Dinan sur Becherel qui est une forteresse naturelle, et où l'on établira deux batteries

; le quatrième jour, on est à Rennes. Rennes, c'est la clef de la Bretagne. Qui a Rennes a tout. Rennes

prise, Châteauneuf et Saint-Malo tombent. Il y a à Rennes un million de cartouches et cinquante pièces

d'artillerie de campagne...

- Qu'ils rafleraient, murmura Danton.

Robespierre continua:

- Je termine. De Rennes trois colonnes se jetteront l'une sur Fougères, l'autre sur Vitré, l'autre sur Redon.
Comme les ponts sont coupés, les ennemis se muniront, vous avez vu ce fait précisé, de pontons et de

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