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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize

Le sergent, qui était un peu beau parleur, continua l'interrogatoire.

- On a des parents, que diable! ou on en a eu. Qui es-tu? Parle.

La femme écouta, ahurie, cet - ou on en a eu - qui ressemblait plus à un cri de bête qu'à une parole
humaine.

La vivandière sentit le besoin d'intervenir. Elle se remit à caresser l'enfant qui tétait, et donna une tape
sur la joue aux deux autres.

- Comment s'appelle la téteuse? demanda-t-elle ; car c'est une fille, ça.

La mère répondit: Georgette.

- Et l'aîné? car c'est un homme, ce polisson-là.

- René-Jean.

- Et le cadet? car lui aussi, il est un homme, et joufflu encore !

- Gros-Alain, dit la mère.

- Ils sont gentils, ces petits, dit la vivandière ; ça vous a déjà des airs d'être des personnes.

Cependant le sergent insistait.

- Parle donc, madame. As-tu une maison?

- J'en avais une.

- Où ça?

- A Azé.

- Pourquoi n'es-tu pas dans ta maison?

- Parce qu'on l'a brûlée.

- Qui ça?

- Je ne sais pas. Une bataille.

- D'où viens-tu?

- De là.

- Où vas-tu?

- Je ne sais pas.

- Arrive au fait. Qui es-tu?

- Je ne sais pas.

- Tu ne sais pas qui tu es?

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