m'en aller.
Il désigna un point de l'horizon.
- Je m'en vais par là.
Et il désigna le point opposé.
- Vous, allez-vous-en par ici.
Le mendiant fit au marquis un grave salut de la main.
Il ajouta en montrant ce qui restait du souper:
- Emportez des châtaignes, si vous avez faim.
Un moment après, il avait disparu sous les arbres.
Le marquis se leva, et s'en alla du côté que lui avait indiqué Tellmarch.
C'était l'heure charmante que la vieille langue paysanne normande appelle la " piperette du jour ".
On entendait jaser les cardrounettes et les moineaux de haie. Le marquis suivit le sentier par où ils étaient
venus la veille. Il sortit du fourré et se retrouva à l'embranchement de routes marqué par la croix de
pierre. L'affiche y était, blanche et comme gaie au soleil levant. Il se rappela qu'il y avait au bas de
l'affiche quelque chose qu'il n'avait pu lire la veille à cause de la finesse des lettres et du peu de jour qu'il
faisait. Il alla au piédestal de la croix. L'affiche se terminait en effet, au-dessous de la signature PRIEUR,
DE LA MARNE, par ces deux lignes en petits caractères:
" L'identité du ci-devant marquis de Lantenac constatée, il sera immédiatement passé par les armes.
- Signé: le chef de bataillon, commandant la colonne d'expédition, GAUVAIN. "
- Gauvain! dit le marquis.
Il s'arrêta profondément pensif, l'oeil fixé sur l'affiche.
- Gauvain! répéta-t-il.
Il se remit en marche, se retourna, regarda la croix, revint sur ses pas, et lut l'affiche encore une fois.