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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
- Ni royaliste, ni républicain?
- Je ne crois pas.
- Etes-vous pour ou contre le roi?
- Je n'ai pas le temps de ça.
- Qu'est-ce que vous pensez de ce qui se passe?
- Je n'ai pas de quoi vivre.
- Pourtant vous venez à mon secours.
- J'ai vu que vous étiez hors la loi. Qu'est-ce que c'est que cela, la loi? On peut donc être dehors. Je ne comprends pas. Quant à moi, suis-je dans la loi? suis-je hors la loi? Je n'en sais rien. Mourir de faim, est-ce être dans la loi?
- Depuis quand mourez-vous de faim?
- Depuis toute ma vie.
- Et vous me sauvez?
- Oui.
- Pourquoi?
- Parce que j'ai dit: Voilà encore un plus pauvre que moi. J'ai le droit de respirer, lui ne l'a pas.
- C'est vrai. Et vous me sauvez?
- Sans doute. Nous voilà frères, monseigneur. Je demande du pain, vous demandez la vie. Nous sommes deux mendiants.
- Mais savez-vous que ma tête est mise à prix?
- Oui.
- Comment le savez-vous?
- J'ai lu l'affiche.
- Vous savez lire?
- Oui. Et écrire aussi. Pourquoi serais-je une brute?
- Alors, puisque vous savez lire, et puisque vous avez lu l'affiche, vous savez qu'un homme qui me livrerait gagnerait soixante mille francs?
- Je le sais.
- Pas en assignats.
- Oui, je sais, en or.
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