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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
Une voix de femme disait:
- Dépêchons-nous, la Flécharde. Est-ce par ici?
- Non, c'est par là.
Et le dialogue continuait entre les deux voix, l'une haute, l'autre timide.
- Comment appelez-vous cette métairie que nous habitons en ce moment?
- L'Herbe-en-Pail.
- En sommes-nous encore loin?
- A un bon quart d'heure.
- Dépêchons-nous d'aller manger la soupe.
- C'est vrai que nous sommes en retard.
- Il faudrait courir. Mais vos mômes sont fatigués. Nous ne sommes que deux femmes, nous ne pouvons pas porter trois mioches. Et puis, vous en portez déjà un, vous, la Flécharde. Un vrai plomb. Vous l'avez sevrée, cette goinfre, mais vous la portez toujours. Mauvaise habitude. Faites-moi donc marcher ça. Ah! tant pis, la soupe sera froide.
- Ah! les bons souliers que vous m'avez donnés là! On dirait qu'ils sont faits pour moi.
- Ça vaut mieux que d'aller nu-pattes.
- Dépêche-toi donc, René-Jean.
- C'est pourtant lui qui nous a retardées. Il faut qu'il parle à toutes les petites paysannes qu'on rencontre. Ça fait son homme.
- Dame, il va sur cinq ans.
- Dis donc, René-Jean, pourquoi as-tu parlé à cette petite dans le village?
Une voix d'enfant, qui était une voix de garçon, répondit:
- Parce que c'est une que je connais.
La femme reprit:
- Comment, tu la connais?
- Oui, répondit le petit garçon, puisqu'elle m'a donné des bêtes ce matin.
- Voilà qui est fort! s'écria la femme, nous ne sommes dans le pays que depuis trois jours, c'est gros comme le poing, et ça vous a déjà une amoureuse!
Les voix s'éloignèrent. Tout bruit cessa.
II. AURES HABET, ET NON AUDIET
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