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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize

Il y avait quelqu'un là en effet.

Au plus épais du fourré, au bord d'une de ces petites clairières rondes que font dans les bois les fourneaux
à charbon en brûlant les racines des arbres, dans une sorte de trou de branches, espèce de chambre de

feuillage, entr'ouverte comme une alcôve, une femme était assise sur la mousse, ayant au sein un enfant

qui tétait et sur ses genoux les deux têtes blondes de deux enfants endormis.

C'était là l'embuscade.

- Qu'est-ce que vous faites ici, vous? cria la vivandière.

La femme leva la tête.

La vivandière ajouta furieuse:

- Etes-vous jolie d'être là!

Et elle reprit:

- Un peu plus, vous étiez exterminée!

Et, s'adressant aux soldats, la vivandière ajouta:

- C'est une femme.

- Pardine, nous le voyons bien! dit un grenadier.

La vivandière poursuivit:

- Venir dans les bois se faire massacrer! a-t-on idée de faire des bêtises comme ça!

La femme stupéfaite, effarée, pétrifiée, regardait autour d'elle, comme à travers un rêve, ces fusils, ces
sabres, ces bayonnettes, ces faces farouches.

Les deux enfants s'éveillèrent et crièrent.

- J'ai faim, dit l'un.

- J'ai peur, dit l'autre.

Le petit continuait de téter.

La vivandière lui adressa la parole.

- C'est toi qui as raison, lui dit-elle.

La mère était muette d'effroi.

Le sergent lui cria:

- N'ayez pas peur, nous sommes le bataillon du Bonnet-Rouge.

La femme trembla de la tête aux pieds. Elle regarda le sergent, rude visage dont on ne voyait que les
sourcils, les moustaches et deux braises qui étaient les deux yeux.

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