la prunelle candide du paysan. Il tenait puissamment les rames dans ses deux poings. Il avait l'air doux.
On voyait à sa ceinture un poignard, deux pistolets et un rosaire.
- Qui êtes-vous? dit le vieillard.
- Je viens de vous le dire.
- Qu'est-ce que vous me voulez?
L'homme quitta les avirons, croisa les bras et répondit:
- Vous tuer.
- Comme vous voudrez, dit le vieillard.
L'homme haussa la voix.
- Préparez-vous.
- A quoi?
- A mourir.
- Pourquoi? demanda le vieillard.
Il y eut un silence. L'homme sembla un moment comme interdit de la question. Il reprit:
- Je dis que je veux vous tuer.
- Et je vous demande pourquoi?
Un éclair passa dans les yeux du matelot.
- Parce que vous avez tué mon frère.
Le vieillard repartit avec calme:
- J'ai commencé par lui sauver la vie.
- C'est vrai. Vous l'avez sauvé d'abord et tué ensuite.
- Ce n'est pas moi qui l'ai tué.
- Qui donc l'a tué?
- Sa faute.
Le matelot, béant, regarda le vieillard ; puis ses sourcils reprirent leur froncement farouche.