|
Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
- Qu'est-ce?
- C'est l'escadre.
- De France?
- Du diable.
Il y eut un silence. Le capitaine reprit:
- Toute la croisière est-elle là?
- Pas toute.
En effet, le 2 avril, Valazé avait annoncé à la Convention que dix frégates et six vaisseaux de ligne croisaient dans la Manche. Ce souvenir revint à l'esprit du capitaine.
- Au fait, dit-il, l'escadre est de seize bâtiments. Il n'y en a ici que huit.
- Le reste, dit Gacquoil, traîne par là-bas sur toute la côte, et espionne.
Le capitaine, tout en regardant à travers sa longue-vue, murmura:
- Un vaisseau à trois ponts, deux frégates de premier rang, cinq de deuxième rang.
- Mais moi aussi, grommela Gacquoil, je les ai espionnés.
- Bons bâtiments, dit le capitaine. J'ai un peu commandé tout cela.
- Moi, dit Gacquoil, je les ai vus de près. Je ne prends pas l'un pour l'autre. J'ai leur signalement dans la cervelle.
Le capitaine passa sa longue-vue au pilote.
- Pilote, distinguez-vous bien le bâtiment de haut bord?
- Oui, mon commandant, c'est le vaisseau la Côte-d'Or.
- Qu'ils ont débaptisé, dit le capitaine. C'était autrefois les Etats-de-Bourgogne. Un navire neuf. Cent vingt-huit canons.
Il tira de sa poche un carnet et un crayon, et écrivit sur le carnet le chiffre 128.
Il poursuivit:
- Pilote, quelle est la première voile à bâbord?
- C'est l'Expérimentée.
- Frégate de premier rang. Cinquante-deux canons. Elle était en armement à Brest il y a deux mois.
Le capitaine marqua sur son carnet le chiffre 52.
- Pilote, reprit-il, quelle est la deuxième voile à bâbord?
|