Derrière, l'incendie croissait.
L'affreux cadavre de l'Imânus était là, sinistre victorieux.
Encore quelques minutes peut-être, et tout allait s'effondrer.
Que faire? Il n'y avait plus d'espérance.
Gauvain exaspéré s'écria, l'oeil fixé sur la pierre tournante du mur et sur l'issue ouverte de l'évasion:
- C'est pourtant par là que le marquis de Lantenac s'en est allé!
- Et qu'il revient, dit une voix.
Et une tête blanche se dessina dans l'encadrement de pierre de l'issue secrète.
C'était le marquis.
Depuis bien des années Gauvain ne l'avait pas vu de si près. Il recula.
Tous ceux qui étaient là restèrent dans l'attitude où ils étaient, pétrifiés.
Le marquis avait une grosse clef à la main, il refoula d'un regard altier quelques-uns des sapeurs qui
étaient devant lui, marcha droit à la porte de fer, se courba sous la voûte et mit la clef dans la serrure. La
serrure grinça, la porte s'ouvrit, on vit un gouffre de flamme, le marquis y entra.
Il y entra d'un pied ferme, la tête haute.
Tous le suivaient des yeux, frissonnants.
A peine le marquis eut-il fait quelques pas dans la salle incendiée que le parquet miné par le feu et
ébranlé par son talon s'effondra derrière lui et mit entre lui et la porte un précipice. Le marquis ne tourna
pas la tête et continua d'avancer. Il disparut dans la fumée.
On ne vit plus rien.
Avait-il pu aller plus loin? Une nouvelle fondrière de feu s'était-elle ouverte sous lui? N'avait-il réussi
qu'à se perdre lui-même? On ne pouvait rien dire. On n'avait devant soi qu'une muraille de fumée et de
flamme. Le marquis était au delà, mort ou vivant.
III. OU L'ON VOIT SE REVEILLER LES ENFANTS QU'ON A VUS SE RENDORMIR
Cependant les enfants avaient fini par ouvrir les yeux.