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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
- Oui.
- Que c'est encore un officier de plaine et de bataille rangée. La broussaille ne connaît que le paysan.
- Alors, résignez-vous au général Stofflet et au général Cathelineau.
La Vieuville rêva un moment et dit:
- Il faudrait un prince, un prince de France, un prince du sang. Un vrai prince.
- Pourquoi? Qui dit prince...
- Dit poltron. Je le sais, commandant. Mais c'est pour l'effet sur les gros yeux bêtes des gars.
- Mon cher chevalier, les princes ne veulent pas venir.
- On s'en passera.
Boisberthelot fit ce mouvement machinal qui consiste à se presser le front avec la main, comme pour en faire sortir une idée.
Il reprit:
- Enfin, essayons de ce général-ci.
- C'est un grand gentilhomme.
- Croyez-vous qu'il suffira?
- Pourvu qu'il soit bon! dit La Vieuville.
- C'est-à-dire féroce, dit Boisberthelot.
Le comte et le chevalier se regardèrent.
- Monsieur du Boisberthelot, vous avez dit le mot. Féroce. Oui, c'est là ce qu'il nous faut. Ceci est la guerre sans miséricorde. L'heure est aux sanguinaires. Les régicides ont coupé la tête à Louis XVI, nous arracherons les quatre membres aux régicides. Oui, le général nécessaire est le général Inexorable. Dans l'Anjou et le haut Poitou, les chefs font les magnanimes ; on patauge dans la générosité ; rien ne va. Dans le Marais et dans le pays de Retz, les chefs sont atroces, tout marche. C'est parce que Charette est féroce qu'il tient tête à Parrein. Hyène contre hyène.
Boisberthelot n'eut pas le temps de répondre à La Vieuville. La Vieuville eut la parole brusquement coupée par un cri désespéré, et en même temps on entendit un bruit qui ne ressemblait à aucun des bruits qu'on entend. Ce cri et ces bruits venaient du dedans du navire.
Le capitaine et le lieutenant se précipitèrent vers l'entre-pont, mais ne purent y entrer. Tous les canonniers remontaient éperdus.
Une chose effrayante venait d'arriver.
IV. TORMENTUM BELLI
Une des caronades de la batterie, une pièce de vingt-quatre, s'était détachée.
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