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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize

- Mes boyaux.

- Je te fais prisonnier.

- Je t'en défie.

Et l'Imânus, se penchant sur la mèche en combustion, soufflant son dernier soupir sur l'incendie, expira.

Quelques instants après, Gauvain et Cimourdain, et tous, étaient dans la salle. Tous virent l'ouverture. On
fouilla les recoins, on sonda l'escalier ; il aboutissait à une sortie dans le ravin. On constata l'évasion. On

secoua l'Imânus, il était mort. Gauvain, une lanterne à la main, examina la pierre qui avait donné issue

aux assiégés ; il avait entendu parler de cette pierre tournante, mais lui aussi tenait cette légende pour une

fable. Tout en considérant la pierre, il aperçut quelque chose qui était écrit au crayon ; il approcha la

lanterne et lut ceci:

- Au revoir, monsieur le vicomte. -

LANTENAC.

Guéchamp avait rejoint Gauvain. La poursuite était évidemment inutile, la fuite était consommée et
complète, les évadés avaient pour eux tout le pays, le buisson, le ravin, le taillis, l'habitant ; ils étaient

sans doute déjà bien loin ; nul moyen de les retrouver ; et la forêt de Fougères tout entière était une

immense cachette. Que faire? Tout était à recommencer. Gauvain et Guéchamp échangeaient leurs

désappointements et leurs conjectures.

Cimourdain écoutait, grave, sans dire une parole.

- A propos, Guéchamp, dit Gauvain, et l'échelle?

- Commandant, elle n'est pas arrivée.

- Mais pourtant nous avons vu venir une voiture escortée par des gendarmes.

Guéchamp répondit:

- Elle n'apportait pas l'échelle.

- Qu'est-ce donc qu'elle apportait?

- La guillotine, dit Cimourdain.

XV. NE PAS METTRE DANS LA MEME POCHE UNE MONTRE ET UNE CLEF

Le marquis de Lantenac n'était pas si loin qu'ils le croyaient.

Il n'en était pas moins entièrement en sûreté et hors de leur atteinte.

Il avait suivi Halmalo.

L'escalier par où Halmalo et lui étaient descendus, à la suite des autres fugitifs, se terminait tout près du
ravin et des arches du pont par un étroit couloir voûté. Ce couloir s'ouvrait sur une profonde fissure

naturelle du sol qui d'un côté aboutissait au ravin, et de l'autre à la forêt. Cette fissure, absolument

dérobée aux regards, serpentait sous des végétations impénétrables. Impossible de reprendre là un

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