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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize
sa tête. Va-t'en.
- Cela va être horrible. Une dernière fois, réfléchissez.
La nuit venait pendant ces paroles sombres qu'on entendait au dedans de la tour comme au dehors. Le marquis de Lantenac se taisait et laissait faire. Les chefs ont de ces sinistres égoïsmes. C'est un des droits de la responsabilité.
L'Imânus jeta sa voix par-dessus Cimourdain, et cria:
- Hommes qui nous attaquez, nous vous avons dit nos propositions, elles sont faites, et nous n'avons rien à y changer. Acceptez-les, sinon, malheur! Consentez-vous? Nous vous rendrons les trois enfants qui sont là, et vous nous donnerez la sortie libre et la vie sauve, à tous.
- A tous, oui, répondit Cimourdain, excepté un.
- Lequel?
- Lantenac.
- Monseigneur! livrer monseigneur! Jamais.
- Il nous faut Lantenac.
- Jamais.
- Nous ne pouvons traiter qu'à cette condition.
- Alors commencez.
Le silence se fit.
L'Imânus, après avoir sonné avec sa trompe le coup de signal, redescendit ; le marquis mit l'épée à la main ; les dix-neuf assiégés se groupèrent en silence dans la salle basse, en arrière de la retirade, et se mirent à genoux ; ils entendaient le pas mesuré de la colonne d'attaque qui avançait vers la tour dans l'obscurité ; ce bruit se rapprochait ; tout à coup ils le sentirent tout près d'eux, à la bouche même de la brèche. Alors tous, agenouillés, épaulèrent à travers les fentes de la retirade leurs fusils et leurs espingoles, et l'un d'eux, Grand-Francoeur, qui était le prêtre Turmeau, se leva, et, un sabre nu dans la main droite, un crucifix dans la main gauche, dit d'une voix grave:
- Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit!
Tous firent feu à la fois, et la lutte s'engagea.
IX. TITANS CONTRE GEANTS
Cela fut en effet épouvantable.
Ce corps à corps dépassa tout ce qu'on avait pu rêver.
Pour trouver quelque chose de pareil, il faudrait remonter aux grands duels d'Eschyle ou aux antiques tueries féodales ; à ces " attaques à armes courtes " qui ont duré jusqu'au dix-septième siècle, quand on pénétrait dans les places fortes par les fausses brayes, assauts tragiques, où, dit le vieux sergent de la
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