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Victor Hugo - Quatre-vingt-treize

Tout ce qui ne put s'évader se rendit. On illumina la grande rue avec des pots à feu. Elle était jonchée de
morts et de blessés. La fin d'un combat s'arrache toujours, quelques groupes désespérés résistaient encore

çà et là, on les cerna, et ils mirent bas les armes.

Gauvain avait remarqué dans le pêle-mêle effréné de la déroute un homme intrépide, espèce de faune
agile et robuste, qui avait protégé la fuite des autres et ne s'était pas enfui. Ce paysan s'était

magistralement servi de sa carabine, fusillant avec le canon, assommant avec la crosse, si bien qu'il

l'avait cassée ; maintenant il avait un pistolet dans un poing et un sabre dans l'autre. On n'osait

l'approcher. Tout à coup Gauvain le vit qui chancelait et qui s'adossait à un pilier de la grande rue. Cet

homme venait d'être blessé. Mais il avait toujours aux poings son sabre et son pistolet.

Gauvain mit son épée sous son bras et alla à lui.

- Rends-toi, dit-il.

L'homme le regarda fixement. Son sang coulait sous ses vêtements d'une blessure qu'il avait, et faisait
une mare à ses pieds.

- Tu es mon prisonnier, reprit Gauvain.

L'homme resta muet.

- Comment t'appelles-tu?

L'homme dit:

- Je m'appelle Danse-à-l'ombre.

- Tu es un vaillant, dit Gauvain.

Et il lui tendit la main.

L'homme répondit:

- Vive le roi!

Et ramassant ce qui lui restait de force, levant les deux bras à la fois, il tira au coeur de Gauvain un coup
de pistolet et lui asséna sur la tête un coup de sabre.

Il fit cela avec une promptitude de tigre ; mais quelqu'un fut plus prompt encore. Ce fut un homme à
cheval qui venait d'arriver et qui était là depuis quelques instants, sans qu'on eût fait attention à lui. Cet

homme, voyant le Vendéen lever le sabre et le pistolet, se jeta entre lui et Gauvain. Sans cet homme,

Gauvain était mort. Le cheval reçut le coup de pistolet, l'homme reçut le coup de sabre, et tous deux

tombèrent. Tout cela se fit le temps de jeter un cri.

Le Vendéen de son côté s'était affaissé sur le pavé.

Le coup de sabre avait frappé l'homme en plein visage ; il était à terre, évanoui. Le cheval était tué.

Gauvain s'approcha.

- Qui est cet homme? dit-il.

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