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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

demi-cercle de la Ville beaucoup plus mêlé de jardins et de monuments. Les trois blocs, Cité, Université,
Ville, marbrés de rues sans nombre. Tout au travers, la Seine, la " nourricière Seine ", comme dit le père

Du Breul, obstruée d'îles, de ponts et de bateaux. Tout autour, une plaine immense, rapiécée de mille

sortes de cultures, semée de beaux villages; à gauche, Issy, Vanvres, Vaugirard, Montrouge, Gentilly

avec sa tour ronde et sa tour carrée, etc.; à droite, vingt autres depuis Conflans jusqu'à la Ville-l'Évêque.

À l'horizon, un ourlet de collines disposées en cercle comme le rebord du bassin. Enfin, au loin, à l'orient,

Vincennes et ses sept tours quadrangulaires; au sud, Bicêtre et ses tourelles pointues; au septentrion,

Saint-Denis et son aiguille; à l'occident, Saint-Cloud et son donjon. Voilà le Paris que voyaient du haut

des tours de Notre-Dame les corbeaux qui vivaient en 1482.

C'est pourtant de cette ville que Voltaire a dit qu'avant Louis XIV elle ne possédait que quatre beaux
monuments: le dôme de la Sorbonne, le Val-de-Grâce, le Louvre moderne, et je ne sais plus le quatrième,

le Luxembourg peut-être. Heureusement Voltaire n'en a pas moins fait Candide, et n'en est pas moins de

tous les hommes qui se sont succédé dans la longue série de l'humanité celui qui a le mieux eu le rire

diabolique. Cela prouve d'ailleurs qu'on peut être un beau génie et ne rien comprendre à un art dont on

n'est pas. Molière ne croyait-il pas faire beaucoup d'honneur à Raphaël et à Michel-Ange en les appelant:

ces Mignards de leur âge?

Revenons à Paris et au quinzième siècle.

Ce n'était pas alors seulement une belle ville; c'était une ville homogène, un produit architectural et
historique du moyen âge, une chronique de pierre. C'était une cité formée de deux couches seulement, la

couche romane et la couche gothique, car la couche romaine avait disparu depuis longtemps, excepté aux

Thermes de Julien où elle perçait encore la croûte épaisse du moyen âge. Quant à la couche celtique, on

n'en trouvait même plus d'échantillons en creusant des puits.

Cinquante ans plus tard, lorsque la renaissance vint mêler à cette unité si sévère et pourtant si variée le
luxe éblouissant de ses fantaisies et de ses systèmes, ses débauches de pleins cintres romains, de colonnes

grecques et de surbaissements gothiques, sa sculpture si tendre et si idéale, son goût particulier

d'arabesques et d'acanthes, son paganisme architectural contemporain de Luther, Paris fut peut-être plus

beau encore, quoique moins harmonieux à l'oeil et à la pensée. Mais ce splendide moment dura peu. La

renaissance ne fut pas impartiale ; elle ne se contenta pas d'édifier, elle voulut jeter bas, il est vrai qu'elle

avait besoin de place. Aussi le Paris gothique ne fut-il complet qu'une minute. On achevait à peine

Saint-Jacques-de-la-Boucherie qu'on commençait la démolition du vieux Louvre.

Depuis, la grande ville a été se déformant de jour en jour. Le Paris gothique sous lequel s'effaçait le Paris
roman s'est effacé à son tour. Mais peut-on dire quel Paris l'a remplacé?

Il y a le Paris de Catherine de Médicis, aux Tuileries, le Paris de Henri II, à l'Hôtel de Ville, deux édifices
encore d'un grand goût; le Paris de Henri IV, à la place Royale: façades de briques à coins de pierre et à

toits d'ardoise, des maisons tricolores; le Paris de Louis XIII, au Val-de-Grâce: une architecture écrasée

et trapue, des voûtes en anses de panier, je ne sais quoi de ventru dans la colonne et de bossu dans le

dôme; le Paris de Louis XIV, aux Invalides: grand, riche, doré et froid; le Paris de Louis XV, à

Saint-Sulpice: des volutes, des noeuds de rubans, des nuages, des vermicelles et des chicorées, le tout en

pierre; le Paris de Louis XVI, au Panthéon: Saint-Pierre de Rome mal copié (l'édifice s'est tassé

gauchement, ce qui n'en a pas raccommodé les lignes); le Paris de la République, à l'École de médecine:

un pauvre goût grec et romain qui ressemble au Colisée ou au Parthénon comme la constitution de l'an III

aux lois de Minos, on l'appelle en architecture le goût messidor; le Paris de Napoléon, à la place

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