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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

partir de la Tournelle, le bourg Saint-Victor, avec son pont d'une arche sur la Bièvre, son abbaye, où on
lisait l'épitaphe de Louis le Gros, epitaphium Ludovici Grossi, et son église à flèche octogone flanquée de

quatre clochetons du onzième siècle (on en peut voir une pareille à Étampes; elle n'est pas encore

abattue); puis le bourg Saint-Marceau, qui avait déjà trois églises et un couvent. Puis, en laissant à

gauche le moulin des Gobelins et ses quatre murs blancs, c'était le faubourg Saint-Jacques avec la belle

croix sculptée de son carrefour, l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas, qui était alors gothique, pointue et

charmante, Saint-Magloire, belle nef du quatorzième siècle, dont Napoléon fit un grenier à foin,

Notre-Dame-des-Champs où il y avait des mosaïques byzantines. Enfin, après avoir laissé en plein

champ le monastère des Chartreux, riche édifice contemporain du Palais de Justice, avec ses petits

jardins à compartiments et les ruines mal hantées de Vauvert, l'oeil tombait à l'occident sur les trois

aiguilles romanes de Saint-Germain-des-Prés. Le bourg Saint-Germain, déjà une grosse commune, faisait

quinze ou vingt rues derrière. Le clocher aigu de Saint-Sulpice marquait un des coins du bourg. Tout à

côté on distinguait l'enceinte quadrilatérale de la foire Saint-Germain, où est aujourd'hui le marché; puis

le pilori de l'abbé, jolie petite tour ronde bien coiffée d'un cône de plomb. La tuilerie était plus loin, et la

rue du Four, qui menait au four banal, et le moulin sur sa butte, et la maladrerie, maisonnette isolée et

mal vue. Mais ce qui attirait surtout le regard, et le fixait longtemps sur ce point, c'était l'abbaye

elle-même. Il est certain que ce monastère, qui avait une grande mine et comme église et comme

seigneurie, ce palais abbatial, où les évêques de Paris s'estimaient heureux de coucher une nuit, ce

réfectoire auquel l'architecte avait donné l'air, la beauté et la splendide rosace d'une cathédrale, cette

élégante chapelle de la Vierge, ce dortoir monumental, ces vastes jardins, cette herse, ce pont-levis, cette

enveloppe de créneaux qui entaillait aux yeux la verdure des prés d'alentour, ces cours où reluisaient des

hommes d'armes mêlés à des chapes d'or, le tout groupé et rallié autour des trois hautes flèches à plein

cintre bien assises sur une abside gothique, faisaient une magnifique figure à l'horizon.

Quand enfin, après avoir longtemps considéré l'Université, vous vous tourniez vers la rive droite, vers la
Ville, le spectacle changeait brusquement de caractère. La Ville, en effet, beaucoup plus grande que

l'Université, était aussi moins une. Au premier aspect, on la voyait se diviser en plusieurs masses

singulièrement distinctes. D'abord, au levant, dans cette partie de la Ville qui reçoit encore aujourd'hui

son nom du marais où Camulogène embourba César, c'était un entassement de palais. Le pâté venait

jusqu'au bord de l'eau. Quatre hôtels presque adhérents, Jouy, Sens, Barbeau, le logis de la Reine,

miraient dans la Seine leurs combles d'ardoise coupés de sveltes tourelles. Ces quatre édifices

emplissaient l'espace de la rue des Nonaindières à l'abbaye des Célestins, dont l'aiguille relevait

gracieusement leur ligne de pignons et de créneaux. Quelques masures verdâtres penchées sur l'eau

devant ces somptueux hôtels n'empêchaient pas de voir les beaux angles de leurs façades, leurs larges

fenêtres carrées à croisées de pierre, leurs porches ogives surchargés de statues, les vives arêtes de leurs

murs toujours nettement coupés, et tous ces charmants hasards d'architecture qui font que l'art gothique a

l'air de recommencer ses combinaisons à chaque monument. Derrière ces palais, courait dans toutes les

directions, tantôt refendue, palissadée et crénelée comme une citadelle, tantôt voilée de grands arbres

comme une chartreuse, l'enceinte immense et multiforme de ce miraculeux hôtel de Saint-Pol, où le roi

de France avait de quoi loger superbement vingt-deux princes de la qualité du Dauphin et du duc de

Bourgogne avec leurs domestiques et leurs suites, sans compter les grands seigneurs, et l'empereur quand

il venait voir Paris, et les lions, qui avaient leur hôtel à part dans l'hôtel royal. Disons ici qu'un

appartement de prince ne se composait pas alors de moins de onze salles, depuis la chambre de parade

jusqu'au priez-Dieu, sans parler des galeries, des bains, des étuves et autres " lieux superflus " dont

chaque appartement était pourvu; sans parler des jardins particuliers de chaque hôte du roi; sans parler

des cuisines, des celliers, des offices, des réfectoires généraux de la maison; des basses-cours où il y avait

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