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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

À n'envisager ici que l'architecture européenne chrétienne, cette soeur puînée des grandes maçonneries
de l'Orient, elle apparaît aux yeux comme une immense formation divisée en trois zones bien tranchées

qui se superposent: la zone romane, la zone gothique, la zone de la renaissance, que nous appellerions

volontiers gréco-romaine. La couche romane, qui est la plus ancienne et la plus profonde, est occupée par

le plein cintre, qui reparaît porté par la colonne grecque dans la couche moderne et supérieure de la

renaissance. L'ogive est entre deux. Les édifices qui appartiennent exclusivement à l'une de ces trois

couches sont parfaitement distincts, uns et complets. C'est l'abbaye de Jumièges, c'est la cathédrale de

Reims, c'est Sainte-Croix d'Orléans. Mais les trois zones se mêlent et s'amalgament par les bords, comme

les couleurs dans le spectre solaire. De là les monuments complexes, les édifices de nuance et de

transition. L'un est roman par les pieds, gothique au milieu, gréco-romain par la tête. C'est qu'on a mis six

cents ans à le bâtir. Cette variété est rare. Le donjon d'Étampes en est un échantillon. Mais les

monuments de deux formations sont plus fréquents. C'est Notre-Dame de Paris, édifice ogival, qui

s'enfonce par ses premiers piliers dans cette zone romane où sont plongés le portail de Saint-Denis et la

nef de Saint-Germain-des-Prés. C'est la charmante salle capitulaire demi-gothique de Bocherville à

laquelle la couche romane vient jusqu'à mi-corps. C'est la cathédrale de Rouen qui serait entièrement

gothique si elle ne baignait pas l'extrémité de sa flèche centrale dans la zone de la renaissance.

Du reste, toutes ces nuances, toutes ces différences n'affectent que la surface des édifices. C'est l'art qui a
changé de peau. La constitution même de l'église chrétienne n'en est pas attaquée. C'est toujours la même

charpente intérieure, la même disposition logique des parties. Quelle que soit l'enveloppe sculptée et

brodée d'une cathédrale, on retrouve toujours dessous, au moins à l'état de germe et de rudiment, la

basilique romaine. Elle se développe éternellement sur le sol selon la même loi. Ce sont

imperturbablement deux nefs qui s'entrecoupent en croix, et dont l'extrémité supérieure arrondie en

abside forme le choeur; ce sont toujours des bas-côtés, pour les processions intérieures, pour les

chapelles, sortes de promenoirs latéraux où la nef principale se dégorge par les entrecolonnements. Cela

posé, le nombre des chapelles, des portails, des clochers, des aiguilles, se modifie à l'infini, suivant la

fantaisie du siècle, du peuple, de l'art. Le service du culte une fois pourvu et assuré, l'architecture fait ce

que bon lui semble. Statues, vitraux, rosaces, arabesques, dentelures, chapiteaux, bas-reliefs, elle

combine toutes ces imaginations selon le logarithme qui lui convient. De là la prodigieuse variété

extérieure de ces édifices au fond desquels réside tant d'ordre et d'unité. Le tronc de l'arbre est immuable,

la végétation est capricieuse.

II. PARIS À VOL D'OISEAU

Nous venons d'essayer de réparer pour le lecteur cette admirable église de Notre-Dame de Paris. Nous
avons indiqué sommairement la plupart des beautés qu'elle avait au quinzième siècle et qui lui manquent

aujourd'hui; mais nous avons omis la principale, c'est la vue du Paris qu'on découvrait alors du haut de

ses tours.

C'était en effet, quand, après avoir tâtonné longtemps dans la ténébreuse spirale qui perce
perpendiculairement l'épaisse muraille des clochers, on débouchait enfin brusquement sur l'une des deux

hautes plates-formes, inondées de jour et d'air, c'était un beau tableau que celui qui se déroulait à la fois

de toutes parts sous vos yeux; un spectacle sui generis, dont peuvent aisément se faire une idée ceux de

nos lecteurs qui ont eu le bonheur de voir une ville gothique entière, complète, homogène, comme il en

reste encore quelques-unes, Nuremberg en Bavière, Vittoria en Espagne; ou même de plus petits

échantillons, pourvu qu'ils soient bien conservés, Vitré en Bretagne, Nordhausen en Prusse.

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