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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

traîna vers sa fille et se jeta à corps perdu sur elle. L'égyptienne vit les soldats s'approcher. L'horreur de la
mort la ranima. - Ma mère! cria-t-elle avec un inexprimable accent de détresse, ma mère! ils viennent!

défendez-moi ! - Oui, mon amour, je te défends! répondit la mère d'une voix éteinte, et, la serrant

étroitement dans ses bras, elle la couvrit de baisers. Toutes deux ainsi à terre, la mère sur la fille, faisaient

un spectacle digne de pitié.

Henriet Cousin prit la jeune fille par le milieu du corps sous ses belles épaules. Quand elle sentit cette
main, elle fit: Heuh! et s'évanouit. Le bourreau, qui laissait tomber goutte à goutte de grosses larmes sur

elle, voulut l'enlever dans ses bras. Il essaya de détacher la mère, qui avait pour ainsi dire noué ses deux

mains autour de la ceinture de sa fille, mais elle était si puissamment cramponnée à son enfant qu'il fut

impossible de l'en séparer. Henriet Cousin alors traîna la jeune fille hors de la loge, et la mère après elle.

La mère aussi tenait ses yeux fermés.

Le soleil se levait en ce moment, et il y avait déjà sur la place un assez bon amas de peuple qui regardait
à distance ce qu'on traînait ainsi sur le pavé vers le gibet. Car c'était la mode du prévôt Tristan aux

exécutions. Il avait la manie d'empêcher les curieux d'approcher.

Il n'y avait personne aux fenêtres. On voyait seulement de loin, au sommet de celle des tours de
Notre-Dame qui domine la Grève, deux hommes détachés en noir sur le ciel clair du matin, qui

semblaient regarder.

Henriet Cousin s'arrêta avec ce qu'il traînait au pied de la fatale échelle, et, respirant à peine, tant la chose
l'apitoyait, il passa la corde autour du cou adorable de la jeune fille. La malheureuse enfant sentit

l'horrible attouchement du chanvre. Elle souleva ses paupières, et vit le bras décharné du gibet de pierre,

étendu au-dessus de sa tête. Alors elle se secoua, et cria d'une voix haute et déchirante: - Non! non! je ne

veux pas! La mère, dont la tête était enfouie et perdue sous les vêtements de sa fille, ne dit pas une

parole; seulement on vit frémir tout son corps et on l'entendit redoubler ses baisers sur son enfant. Le

bourreau profita de ce moment pour dénouer vivement les bras dont elle étreignait la condamnée. Soit

épuisement, soit désespoir, elle le laissa faire. Alors il prit la jeune fille sur son épaule, d'où la charmante

créature retombait gracieusement pliée en deux sur sa large tête. Puis il mit le pied sur l'échelle pour

monter.

En ce moment la mère, accroupie sur le pavé, ouvrit tout à fait les yeux. Sans jeter un cri, elle se redressa
avec une expression terrible, puis, comme une bête sur sa proie, elle se jeta sur la main du bourreau et le

mordit. Ce fut un éclair. Le bourreau hurla de douleur. On accourut. On retira avec peine sa main

sanglante d'entre les dents de la mère. Elle gardait un profond silence. On la repoussa assez brutalement,

et l'on remarqua que sa tête retombait lourdement sur le pavé. On la releva. Elle se laissa de nouveau

retomber. C'est qu'elle était morte.

Le bourreau, qui n'avait pas lâché la jeune fille, se remit à monter l'échelle.

II. LA CREATURA BELLA BIANCO VESTITA (DANTE)

Quand Quasimodo vit que la cellule était vide, que l'égyptienne n'y était plus, que pendant qu'il la
défendait on l'avait enlevée, il prit ses cheveux à deux mains et trépigna de surprise et de douleur. Puis il

se mit à courir par toute l'église, cherchant sa bohémienne, hurlant des cris étranges à tous les coins de

mur, semant ses cheveux rouges sur le pavé. C'était précisément le moment où les archers du roi entraient

victorieux dans Notre-Dame, cherchant aussi l'égyptienne. Quasimodo les y aida, sans se douter, le

pauvre sourd, de leurs fatales intentions; il croyait que les ennemis de l'égyptienne, c'étaient les truands.

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