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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

avec les dents et les ongles des quatre membres. D'autres tamponnaient à coups de torches le visage des
archers. D'autres piquaient des crocs de fer au cou des cavaliers et tiraient à eux. Ils déchiquetaient ceux

qui tombaient.

On en remarqua un qui avait une large faulx luisante, et qui faucha longtemps les jambes des chevaux. Il
était effrayant. Il chantait une chanson nasillarde, il lançait sans relâche et ramenait sa faulx. À chaque

coup, il traçait autour de lui un grand cercle de membres coupés. Il avançait ainsi au plus fourré de la

cavalerie, avec la lenteur tranquille, le balancement de tête et l'essoufflement régulier d'un moissonneur

qui entame un champ de blé. C'était Clopin Trouillefou. Une arquebusade l'abattit.

Cependant les croisées s'étaient rouvertes. Les voisins, entendant les cris de guerre des gens du roi,
s'étaient mêlés à l'affaire, et de tous les étages les balles pleuvaient sur les truands. Le Parvis était plein

d'une fumée épaisse que la mousqueterie rayait de feu. On y distinguait confusément la façade de

Notre-Dame, et l'Hôtel-Dieu décrépit, avec quelques hâves malades qui regardaient du haut de son toit

écaillé de lucarnes.

Enfin les truands cédèrent. La lassitude, le défaut de bonnes armes, l'effroi de cette surprise, la
mousqueterie des fenêtres, le brave choc des gens du roi, tout les abattit. Ils forcèrent la ligne des

assaillants, et se mirent à fuir dans toutes les directions, laissant dans le Parvis un encombrement de

morts.

Quand Quasimodo, qui n'avait pas cessé un moment de combattre, vit cette déroute, il tomba à deux
genoux, et leva les mains au ciel; puis, ivre de joie, il courut, il monta avec la vitesse d'un oiseau à cette

cellule dont il avait si intrépidement défendu les approches. Il n'avait plus qu'une pensée maintenant,

c'était de s'agenouiller devant celle qu'il venait de sauver une seconde fois.

Lorsqu'il entra dans la cellule, il la trouva vide.

LIVRE ONZIÈME

I. LE PETIT SOULIER

Au moment où les truands avaient assailli l'église, la Esmeralda dormait.

Bientôt la rumeur toujours croissante autour de l'édifice et le bêlement inquiet de sa chèvre éveillée avant
elle l'avaient tirée de ce sommeil. Elle s'était levée sur son séant, elle avait écouté, elle avait regardé,

puis, effrayée de la lueur et du bruit, elle s'était jetée hors de la cellule et avait été voir. L'aspect de la

place, la vision qui s'y agitait, le désordre de cet assaut nocturne, cette foule hideuse, sautelante comme

une nuée de grenouilles, à demi entrevue dans les ténèbres, le coassement de cette rauque multitude, ces

quelques torches rouges courant et se croisant sur cette ombre comme les feux de nuit qui rayent la

surface brumeuse des marais, toute cette scène lui fit l'effet d'une mystérieuse bataille engagée entre les

fantômes du sabbat et les monstres de pierre de l'église. Imbue dès l'enfance des superstitions de la tribu

bohémienne, sa première pensée fut qu'elle avait surpris en maléfice les étranges êtres propres à la nuit.

Alors elle courut épouvantée se tapir dans sa cellule, demandant à son grabat un moins horrible

cauchemar.

Peu à peu les premières fumées de la peur s'étaient pourtant dissipées; au bruit sans cesse grandissant, et
à plusieurs autres signes de réalité, elle s'était sentie investie, non de spectres, mais d'êtres humains.

Alors sa frayeur, sans s'accroître, s'était transformée. Elle avait songé à la possibilité d'une mutinerie

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