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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

Phoebus recula et dit d'un ton froid: - Oh! mademoiselle! que je vois bien que vous ne m'aimez pas!

- Je ne t'aime pas! s'écria la pauvre malheureuse enfant, et en même temps elle se pendit au capitaine
qu'elle fit asseoir près d'elle. Je ne t'aime pas, mon Phoebus! Qu'est-ce que tu dis là, méchant, pour me

déchirer le coeur? Oh! va! prends-moi, prends tout! fais ce que tu voudras de moi. Je suis à toi. Que

m'importe l'amulette! que m'importe ma mère! c'est toi qui es ma mère, puisque je t'aime! Phoebus, mon

Phoebus bien-aimé, me vois-tu? c'est moi, regarde-moi. C'est cette petite que tu veux bien ne pas

repousser, qui vient, qui vient elle-même te chercher. Mon âme, ma vie, mon corps, ma personne, tout

cela est une chose qui est à vous, mon capitaine. Eh bien, non! ne nous marions pas, cela t'ennuie. Et

puis, qu'est-ce que je suis, moi ? une misérable fille du ruisseau, tandis que toi, mon Phoebus, tu es

gentilhomme. Belle chose vraiment! une danseuse épouser un officier! j'étais folle. Non, Phoebus, non, je

serai ta maîtresse, ton amusement, ton plaisir, quand tu voudras, une fille qui sera à toi, je ne suis faite

que pour cela, souillée, méprisée, déshonorée, mais qu'importe! aimée. Je serai la plus fière et la plus

joyeuse des femmes. Et quand je serai vieille ou laide, Phoebus, quand je ne serai plus bonne pour vous

aimer, monseigneur, vous me souffrirez encore pour vous servir. D'autres vous broderont des écharpes.

C'est moi la servante, qui en aurai soin. Vous me laisserez fourbir vos éperons, brosser votre hoqueton,

épousseter vos bottes de cheval. N'est-ce pas mon Phoebus, que vous aurez cette pitié? En attendant,

prends-moi! tiens, Phoebus, tout cela t'appartient, aime-moi seulement! Nous autres égyptiennes, il ne

nous faut que cela, de l'air et de l'amour.

En parlant ainsi, elle jetait ses bras autour du cou de l'officier, elle le regardait du bas en haut suppliante
et avec un beau sourire tout en pleurs, sa gorge délicate se frottait au pourpoint de drap et aux rudes

broderies. Elle tordait sur ses genoux son beau corps demi-nu. Le capitaine, enivré, colla ses lèvres

ardentes à ces belles épaules africaines. La jeune fille, les yeux perdus au plafond, renversée en arrière,

frémissait toute palpitante sous ce baiser.

Tout à coup, au-dessus de la tête de Phoebus, elle vit une autre tête, une figure livide, verte, convulsive,
avec un regard de damné. Près de cette figure il y avait une main qui tenait un poignard. C'était la figure

et la main du prêtre. Il avait brisé la porte et il était là. Phoebus ne pouvait le voir. La jeune fille resta

immobile, glacée, muette sous l'épouvantable apparition, comme une colombe qui lèverait la tête au

moment où l'orfraie regarde dans son nid avec ses yeux ronds.

Elle ne put même pousser un cri. Elle vit le poignard s'abaisser sur Phoebus et se relever fumant. -
Malédiction! dit le capitaine, et il tomba.

Elle s'évanouit.

Au moment où ses yeux se fermaient, où tout sentiment se dispersait en elle, elle crut sentir s'imprimer
sur ses lèvres un attouchement de feu, un baiser plus brûlant que le fer rouge du bourreau.

Quand elle reprit ses sens, elle était entourée de soldats du guet, on emportait le capitaine baigné dans
son sang, le prêtre avait disparu, la fenêtre du fond de la chambre, qui donnait sur la rivière, était toute

grande ouverte, on ramassait un manteau qu'on supposait appartenir à l'officier, et elle entendait dire

autour d'elle: - C'est une sorcière qui a poignardé un capitaine.

LIVRE HUITIÈME

I. L'ÉCU CHANGÉ EN FEUILLE SÈCHE

Gringoire et toute la Cour des Miracles étaient dans une mortelle inquiétude. On ne savait depuis un
grand mois ce qu'était devenue la Esmeralda, ce qui contristait fort le duc d'Égypte et ses amis les

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