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Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

- Holàhée! cria-t-il tout à coup au milieu de la paisible attente qui avait succédé au trouble, Jupiter,
madame la Vierge, bateleurs du diable! vous gaussez-vous? la pièce! la pièce! Commencez, ou nous

recommençons.

Il n'en fallut pas davantage.

Une musique de hauts et bas instruments se fit entendre de l'intérieur de l'échafaudage; la tapisserie se
souleva; quatre personnages bariolés et fardés en sortirent, grimpèrent la roide échelle du théâtre, et,

parvenus sur la plate-forme supérieure, se rangèrent en ligne devant le public, qu'ils saluèrent

profondément; alors la symphonie se tut. C'était le mystère qui commençait.

Les quatre personnages, après avoir largement recueilli le paiement de leurs révérences en
applaudissements, entamèrent, au milieu d'un religieux silence, un prologue dont nous faisons volontiers

grâce au lecteur. Du reste, ce qui arrive encore de nos jours, le public s'occupait encore plus des costumes

qu'ils portaient que du rôle qu'ils débitaient; et en vérité c'était justice. Ils étaient vêtus tous quatre de

robes mi-parties jaune et blanc, qui ne se distinguaient entre elles que par la nature de l'étole; la première

était en brocart, or et argent, la deuxième en soie, la troisième en laine, la quatrième en toile. Le premier

des personnages portait en main droite une épée, le second deux clefs d'or, le troisième une balance, le

quatrième une bêche; et pour aider les intelligences paresseuses qui n'auraient pas vu clair à travers la

transparence de ces attributs, on pouvait lire en grosses lettres noires brodées: au bas de la robe de

brocart, JE M'APPELLE NOBLESSE; au bas de la robe de soie, JE M'APPELLE CLERGÉ; au bas de la

robe de laine, JE M'APPELLE MARCHANDISE ; au bas de la robe de toile, JE M'APPELLE LABOUR.

Le sexe des deux allégories mâles était clairement indiqué à tout spectateur judicieux par leurs robes

moins longues et par la cramignole qu'elles portaient en tête, tandis que les deux allégories femelles,

moins court-vêtues, étaient coiffées d'un chaperon.

Il eût fallu aussi beaucoup de mauvaise volonté pour ne pas comprendre, à travers la poésie du prologue,
que Labour était marié à Marchandise et Clergé à Noblesse, et que les deux heureux couples possédaient

en commun un magnifique dauphin d'or, qu'ils prétendaient n'adjuger qu'à la plus belle. Ils allaient donc

par le monde cherchant et quêtant cette beauté, et après avoir successivement rejeté la reine de Golconde,

la princesse de Trébizonde, la fille du Grand-Khan de Tartarie, etc., etc., Labour et Clergé, Noblesse et

Marchandise étaient venus se reposer sur la table de marbre du Palais de Justice, en débitant devant

l'honnête auditoire autant de sentences et de maximes qu'on en pouvait alors dépenser à la Faculté des

arts aux examens, sophismes, déterminances, figures et actes où les maîtres prenaient leurs bonnets de

licence.

Tout cela était en effet très beau.

Cependant, dans cette foule sur laquelle les quatre allégories versaient à qui mieux mieux des flots de
métaphores, il n'y avait pas une oreille plus attentive, pas un coeur plus palpitant, pas un oeil plus hagard,

pas un cou plus tendu, que l'oeil, l'oreille, le cou et le coeur de l'auteur, du poète, de ce brave Pierre

Gringoire, qui n'avait pu résister, le moment d'auparavant, à la joie de dire son nom à deux jolies filles. Il

était retourné à quelques pas d'elles, derrière son pilier, et là, il écoutait, il regardait, il savourait. Les

bienveillants applaudissements qui avaient accueilli le début de son prologue retentissaient encore dans

ses entrailles, et il était complètement absorbé dans cette espèce de contemplation extatique avec laquelle

un auteur voit ses idées tomber une à une de la bouche de l'acteur dans le silence d'un vaste auditoire.

Digne Pierre Gringoire! !

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