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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Des arbres l'entouraient, fouettés d'un vent de glace,
Et comme lui vieillis à cette même place ;

Des marronniers géants, sans feuilles, sans oiseaux

Sous leurs tailles brouillés en ténébreux réseaux,

Pâle, il apparaissait, et la terre était brune.

Une âpre nuit d'hiver, sans étoile et sans lune,

Tombait à larges pans dans le brouillard diffus.

D'autres arbres plus loin croisaient leurs sombres fûts ;

Plus loin d'autre encore, estompés par l'espace,

Poussaient dans le ciel gris où le vent du soir passe

Mille petits rameaux noirs, tordus et mêlés,

Et se posaient partout, l'un par l'autre voilés,

Sur l'horizon, perdu dans les vapeurs informes,

Comme un grand troupeau roux de hérissons énormes.

Rien de plus. Ce vieux faune, un ciel morne, un bois noir.

Peut-être dans la brume au loin pouvait-on voir
Quelque longue terrasse aux verdâtres assises,

Ou, près d'un grand bassin, des nymphes indécises,

Honteuses à bon droit dans ce parc aboli,

Autrefois des regards, maintenant de l'oubli.

Le vieux faune riait. - Dans leurs ombres douteuses
Laissant le bassin triste et les nymphes honteuses,

Le vieux faune riait, c'est à lui que je vins ;

Ému, car sans pitié tous ces sculpteurs divins

Condamnent pour jamais, contents qu'on les admire,

Les nymphes à la honte et les faunes au rire.

Moi, j'ai toujours pitié du pauvre marbre obscur.
De l'homme moins souvent, parce qu'il est plus dur.

Et, sans froisser d'un mot son oreille blessée,
Car le marbre entend bien la voix de la pensée,

Je lui dis : - " Vous étiez du beau siècle amoureux.

Sylvain, qu'avez-vous vu quand vous étiez heureux?

Vous étiez de la cour? Vous assistiez aux fêtes?

C'est pour vous divertir que ces nymphes sont faites.

C'est pour vous, dans ces bois, que de savantes mains

Ont mêlé les dieux grecs et les césars romains,

Et, dans les claires eaux mirant les vases rares,

Tordu tout ce jardin en dédales bizarres.

Quand vous étiez heureux, qu'avez-vous vu, Sylvain?

Contez-moi les secrets de ce passé trop vain,

De ce passé charmant, plein de flammes discrètes,

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