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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Il semble, à ces accords qui, jusqu'au coeur touchant, Font sourire le juste et songer le méchant, Qu'on respire un parfum d'encensoirs et de cierges, Et l'on croit voir passer un de ces anges-vierges Comme en rêvait Giotto, comme Dante en voyait, Êtres sereins posés sur ce monde inquiet, À la prunelle bleue, à la robe d'opale, Qui, tandis qu'au milieu d'un azur déjà pâle Le point d'or d'une étoile éclate à l'orient, Dans un beau champ de trèfle errent en souriant!
VII
Heureux ceux qui vivaient dans ce siècle sublime Où, du génie humain dorant encor la cime, Le vieux soleil gothique à l'horizon mourait! Où déjà, dans la nuit emportant son secret, La cathédrale morte en un sol infidèle Ne faisait plus jaillir d'églises autour d'elle! Être immense obstruée encore à tous degrés, Ainsi qu'une Babel aux abords encombrés, De donjons, de beffrois, de flèches élancées, D'édifices construits pour toutes les pensées ; De génie et de pierre énorme entassement ; Vaste amas d'où le jour s'en allait lentement! Siècle mystérieux où la science sombre De l'antique Dédale agonisait dans l'ombre, Tandis qu'à l'autre bout de l'horizon confus, Entre Tasse et Luther, ces deux chênes touffus, Sereine, et blanchissant de sa lumière pure Ton dôme merveilleux, ô sainte Architecture, Dans ce ciel, qu'Albert Düre admirait à l'écart, La Musique montait, cette lune de l'art!
XXXVI. LA STATUE
Il semblait grelotter, car la bise était dure. C'était, sous un amas de rameaux sans verdure, Une pauvre statue, au dos noir, au pied vert, Un vieux faune isolé dans le vieux parc désert, Qui, de son front penché touchant aux branches d'arbre, Se perdait à mi-corps dans sa gaine de marbre.
Il était là, pensif, à la terre lié, Et, comme toute chose immobile, - oublié!
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