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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

C'est qu'ils étaient perdus sur la terre où nous sommes,
Et tout seuls, quatre enfants, dans la foule des hommes!

- Oui, sans père ni mère! Et pas même un grenier.

Pas d'abri. Tous pieds nus ; excepté le dernier

Qui traînait, pauvre amour, sous son pied qui chancelle,

De vieux souliers trop grands noués d'une ficelle.

Dans des fossés, la nuit, ils dorment bien souvent.

Aussi, comme ils ont froid, le matin, en plein vent,

Quand l'arbre, frissonnant au cri de l'alouette,

Dresse sur un ciel clair sa noire silhouette!

Leurs mains rouges étaient roses quand Dieu les fit.

Le dimanche, au hameau, cherchant un vil profit,

Ils errent. Le petit, sous sa pâleur malsaine,

Chante, sans la comprendre, une chanson obscène,

Pour faire rire - hélas! lui qui pleure en secret! -

Quelque immonde vieillard au seuil d'un cabaret ;

Si bien que, quelquefois, du bouge qui s'égaie

Il tombe à leur faim sombre une abjecte monnaie,

Aumône de l'enfer que jette le péché,

Sou hideux sur lequel le démon a craché!

Pour l'instant, ils mangeaient derrière une broussaille,

Cachés, et plus tremblants que le faon qui tressaille,

Car souvent on les bat, on les chasse toujours!

C'est ainsi qu'innocents condamnés, tous les jours

Ils passent affamés, sous mes murs, sous les vôtres,

Et qu'ils vont au hasard, l'aîné menant les autres.

Alors, lui qui rêvait, il regarda là-haut.
Et son oeil ne vit rien que l'éther calme et chaud,

Le soleil bienveillant, l'air plein d'ailes dorées,

Et la sérénité des voûtes azurées,

Et le bonheur, les cris, les rires triomphants

Qui des oiseaux du ciel tombaient sur ces enfants.

XXXII

Quand vous vous assemblez, bruyante multitude,
Pour aller le traquer jusqu'en sa solitude,

Vous excitant l'un l'autre, acharnés furieux,

- Ne le sentez-vous pas? - le peuple sérieux,

Qui rêvait à vos cris un dragon dans son antre,

Avec la flamme aux yeux, avec l'écaille au ventre,

S'étonne de ne voir d'autre objet à vos coups

Que cet homme pensif, mystérieux et doux.

XXXIII. L'OMBRE

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