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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

C'est l'ombre que sur nos grèves
Jettent ces arbres charmants

Dont l'âme entend dans ses rêves

Les vagues frissonnements!

Ce reflet des biens sans nombre,
Nous l'appelons le bonheur ;

Et nous voulons saisir l'ombre

Quand la chose est au Seigneur!

Va, si haut nul ne s'élève ;
Sur terre il faut demeurer ;

On sourit de ce qu'on rêve,

Mais ce qu'on a, fait pleurer.

Puisqu'un Dieu saigne au Calvaire,
Ne nous plaignons pas, crois-moi.

Souffrons! c'est la loi sévère.

Aimons! c'est la douce loi.

Aimons! soyons deux! Le sage
N'est pas seul dans son vaisseau.

Les deux yeux font le visage ;

Les deux ailes font l'oiseau.

Soyons deux! - Tout nous convie
À nous aimer jusqu'au soir.

N'ayons à deux qu'une vie!

N'ayons à deux qu'un espoir!

Dans ce monde de mensonges,
Moi, j'aimerai mes douleurs,

Si mes rêves sont tes songes,

Si mes larmes sont tes pleurs!

XXXI. RENCONTRE

Après avoir donné son aumône au plus jeune,
Pensif, il s'arrêta pour les voir. - Un long jeûne

Avait maigri leur joue, avait flétri leur front.

Ils s'étaient tous les quatre à terre assis en rond,

Puis, s'étant partagé, comme feraient des anges,

Un morceau de pain noir ramassé dans nos fanges,

Ils mangeaient ; mais d'un air si morne et si navré

Qu'en les voyant ainsi toute femme eût pleuré.

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