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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

XXX

À cette terre, où l'on ploie
Sa tente au déclin du jour,

Ne demande pas la joie.

Contente-toi de l'amour!

Excepté lui, tout s'efface.
La vie est un sombre lieu

Où chaque chose qui passe

Ébauche l'homme pour Dieu.

L'homme est l'arbre à qui la sève
Manque avant qu'il soit en fleur.

Son sort jamais ne s'achève

Que du côté du malheur.

Tous cherchent la joie ensemble ;
L'esprit rit à tout venant ;

Chacun tend sa main qui tremble

Vers quelque objet rayonnant.

Mais vers toute âme, humble ou fière,
Le malheur monte à pas lourds,

Comme un spectre aux pieds de pierre ;

Le reste flotte toujours!

Tout nous manque, hormis la peine!
Le bonheur, pour l'homme en pleurs,

N'est qu'une figure vaine

De choses qui sont ailleurs.

L'espoir c'est l'aube incertaine ;
Sur notre but sérieux

C'est la dorure lointaine

D'un rayon mystérieux.

C'est le reflet, brume ou flamme,
Que dans leur calme éternel

Versent d'en haut sur notre âme

Les félicités du ciel.

Ce sont les visions blanches
Qui, jusqu'à nos yeux maudits,

Viennent à travers les branches

Des arbres du paradis!

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