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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées!

L'amour, qu'il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.

Il faut bien un corps quelque part

Pour que le miroir ait une ombre.

XXVII

Oh! quand je dors, viens auprès de ma couche,
Comme à Pétrarque apparaissait Laura,

Et qu'en passant ton haleine me touche... -

Soudain ma bouche

S'entrouvrira!

Sur mon front morne où peut-être s'achève
Un songe noir qui trop longtemps dura,

Que ton regard comme un astre se lève... -

Soudain mon rêve

Rayonnera!

Puis sur ma lèvre où voltige une flamme,
Éclair d'amour que Dieu même épura,

Pose un baiser, et d'ange deviens femme... -

Soudain mon âme

S'éveillera!

XXVIII. À UNE JEUNE FEMME

Voyez-vous, un parfum éveille la pensée.
Repliez, belle enfant par l'aube caressée,

Cet éventail ailé, pourpre, or et vermillon,

Qui tremble dans vos mains comme un grand papillon,

Et puis écoutez-moi. - Dieu fait l'odeur des roses

Comme il fait un abîme, avec autant de choses.

Celui-ci, qui se meurt sur votre sein charmant,

N'aurait pas ce parfum qui monte doucement

Comme un encens divin vers votre beauté pure,

Si sa tige, parmi l'eau, l'air et la verdure,

Dans la création prenant sa part de tout,

N'avait profondément plongé par quelque bout,

Pauvre et fragile fleur pour tous les vents béante,

Au sein mystérieux de la terre géante.

Là, par un lent travail que Dieu lui seul connaît,

Fraîcheur du flot qui court, blancheur du jour qui naît,

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