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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Son prince la suivait, ils souriaient entre eux, Et tous en la voyant disaient : Qu'il est heureux! -
Et je me tus alors, car mon coeur était sombre ; La laissant contempler la fête aux bruits sans nombre, Le fleuve où se croisaient cent bateaux pavoisés, Le peuple, les vieillards à l'ombre reposés, Les écoliers jouant par bandes séparées, Et le soleil tranquille, et, de joie enivrées, Les bouches qui, couvrant l'orchestre aux vagues sons, Jetaient une vapeur de confuses chansons.
Moi, vers ce qui se meut dans une ombre éternelle, Je m'étais retourné. L'âme est une prunelle.
- Oh! pensais-je, pouvoir étrange et surhumain De celui qui nous tient palpitants dans sa main! Ô volonté du ciel! abîme où l'oeil se noie! Gouffre où depuis Adam le genre humain tournoie! Comme vous nous prenez et vous nous rejetez! Comme vous vous jouez de nos prospérités! Sur votre sable, ô Dieu, notre granit se fonde! Oh! que l'homme est plongé dans une nuit profonde! Comme tout ce qu'il fait, hélas! en s'achevant Sur lui croule! et combien il arrive souvent Qu'à l'heure où nous rêvons un avenir suprême, Le sort de nous se rit, et que, sous nos pas même, Dans cette terre où rien ne nous semble creusé, Quelque chose d'horrible est déjà déposé! Louis seize, le jour de sa noce royale, Avait déjà le pied sur la place fatale Où, formé lentement au souffle du Très-Haut, Comme un grain dans le sol, germait son échafaud!
XXVI. MILLE CHEMINS, UN SEUL BUT
Le chasseur songe dans les bois À des beautés sur l'herbe assises, Et dans l'ombre il croit voir parfois Danser des formes indécises.
Le soldat pense à ses destins Tout en veillant sur les empires, Et dans ses souvenirs lointains Entrevoit de vagues sourires.
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