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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Que m'importe cette foule
Qui fait sa rumeur au loin!

Dans l'ivresse où tu me plonges,
En vain, pour briser nos noeuds,

Je vois passer dans mes songes

Les poètes lumineux.

Je veux, quoi qu'ils me conseillent,
Préférer, jusqu'à la mort,

Aux fanfares qui m'éveillent

Ta chanson qui me rendort.

Je veux, dût mon nom suprême
Au front des cieux s'allumer,

Qu'une moitié de moi-même

Reste ici-bas pour t'aimer!

Laisse-moi t'aimer dans l'ombre,
Triste, ou du moins sérieux.

La tristesse est un lieu sombre

Où l'amour rayonne mieux.

Ange aux yeux pleins d'étincelles,
Femme aux jours de pleurs noyés,

Prends mon âme sur tes ailes,

Laisse mon coeur à tes pieds!

XXV. EN PASSANT DANS LA PLACE LOUIS XV UN JOUR DE FÊTE PUBLIQUE

- Allons, dit-elle, encor! pourquoi ce front courbé?
Songeur, dans votre puits vous voilà retombé!

À quoi bon pour rêver venir dans une fête?

Moi, je lui dis, tandis qu'elle inclinait la tête,

Et que son bras charmant à mon bras s'appuyait :

- Oui, c'est dans cette place où notre âge inquiet

Mit une pierre afin de cacher une idée,

C'est bien ici qu'un jour de soleil inondée,

La grande nation dans la grande cité

Vint voir passer en pompe une douce beauté!

Ange à qui l'on rêvait des ailes repliées!

Vierge la veille encor, des jeunes mariées

Ayant l'étonnement et la fraîche pâleur,

Qui, reine et femme, étoile en même temps que fleur,

Unissait, pour charmer cette foule attendrie,

Le doux nom d'Antoinette au beau nom de Marie!

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