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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Mirant dans ta pensée intérieure et sombre
La vie obscure et douce et les heures sans nombre,

Bon d'ailleurs, et tournant, sans trouble ni remords,

Ton coeur vers les enfants, ton âme vers les morts!

Et puis, en même temps, au hasard, par le monde,

Suivant sa fantaisie auguste et vagabonde,

Loin de toi, par delà ton horizon vermeil,

Laisse ta poésie aller en plein soleil!

Dans les rauques cités, dans les champs taciturnes,

Effleurée en passant des lèvres et des urnes,

Laisse-la s'épancher, cristal jamais terni,

Et fuir, roulant toujours vers Dieu, gouffre infini,

Calme et pure, à travers les âmes fécondées,

Un immense courant de rêves et d'idées,

Qui recueille en passant, dans son flot solennel,

Toute eau qui sort de la terre ou qui descend du ciel!

Toi, sois heureux dans l'ombre. En ta vie ignorée,

Dans ta tranquillité vénérable et sacrée,

Reste réfugié, penseur mystérieux!

Et que le voyageur malade et sérieux

Puisse, si le hasard l'amène en ta retraite,

Puiser en toi la paix, l'espérance discrète,

L'oubli de la fatigue et l'oubli du danger,

Et boire à ton esprit limpide, sans songer

Que, là-bas, tout un peuple aux mêmes eaux s'abreuve.

Sois petit comme source et sois grand comme fleuve.

XXII. GUITARE

Gastibelza, l'homme à la carabine,
Chantait ainsi :

" Quelqu'un a-t-il connu doña Sabine?

Quelqu'un d'ici?

Dansez, chantez, villageois! la nuit gagne

Le mont Falù.

- Le vent qui vient à travers la montagne

Me rendra fou!

" Quelqu'un de vous a-t-il connu Sabine,
Ma señora?

Sa mère était la vieille maugrabine

D'Antequera,

Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne

Comme un hibou... -

Le vent qui vient à travers la montagne

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